Au sujet du Quran

Les mérites du Quran

‘Abdullah Ibn Mas’oud a dit: «Le Qur’an est un intercesseur agréé, un dénonciateur véridique, celui qui l’observe, le Qur’an le conduira au paradis, et celui qui le laisse derrière soi, le Qur’an le mènera au feu». 
L’auteur a interprété le hadith précédent: un intercesseur agréé, le Qur’an intervint en faveur du lecteur à qui on lui accordera l’intercession; un dénonciateur véridique, le Qur’ran dénonce l’homme qui ne le lit pas, ni l’observe et son témoignage est approuvé. Le Qur’an conduira au paradis quiconque le lira profondément et observera ses préceptes, mais quiconque se montre indifférent ou acrimonieux à la lecture du Qur’an, à l’observance de ses préceptes: sera poussé au feu, le jour de la résurrection. 
Voici le récit rapporté par Nafi’ Ibn ‘Abdul Harith l’ancien gouverneur de la Mecque désigné par ‘Omar  : « Un jour Nafi’ Ibn ‘Abdul Harith sortit pour accueillir ‘Omar lors de l’une de ses visites pieuses. ‘Omar  lui demanda: «A qui as-tu confié La Mecque?» Il lui répondit: «A ‘Abdur Rahmane Ibn Abi Abza.». ‘Omar  lui fit remarquer: «Et tu as établi comme gouverneur sur la tribu de Qoraiche un esclave affranchi?» Et Nafi’ de se justifier: «O commandeur des croyants! Celui que j’ai nommé est le meilleur lecteur du Qur’an qui puisse être». Alors ‘Omar  souligna: «Certes, grâce au Qur’an, Allah a fait élever les uns et rabaisser les autres. Et ‘Abdur Rahmane est l’un de ceux qu’Allah a élevé grâce au Qur’an. 
‘Abdullah Ibn Mas’oud a dit: «Ce Qur’an est la source salvatrice d’Allah, puisez de la source d’Allah le Très-Haut autant que vous pouvez, Ce Qur’an est la solide corde d’Allah, la lumière véridique,un remède efficace et une immunité à quiconque s’y est attaché, et un moyen de salut à quiconque a observé ses prescriptions: il ne conduit pas dans les voies tortueuses mais plutôt il redresse et corrige; il ne fait pas égarer mais plutôt il soulage et ses merveilles ne s’épuisent point. Il n’est pas mis en vigueur à cause de se lecture permanente. Récitez-le, Allah le Très-Haut rétribue votre lecture du Qur’an, pour chaque lettre, et il vous accorde dix bonnes actions. Je ne dis pas que vous aurez pour avoir récité A.L.M, une récompense décuplée, mais pour chaque lettre dix bonnes actions, «L» vaut dix bonnes actions, et «M » vaut également dix bonnes actions». 
Abou Horaira a rapporté que le Prophète a dit: «Celui qui délivre son frère croyant d’une gêne dans ce monde d’ici-bas, Allah le Très-Haut le délivrera d’une des gênes du jour de la résurrection. Celui qui aide quelqu’un en difficulté, Allah le Très-Haut l’aidera dans ce monde et dans la vie future. Allah loué soit-Il assiste un serviteur tant que ce dernier assiste son frère musulman. Celui qui emprunte un chemin à la recherche d’une science, Allah lui facilite l’accès au paradis. Il n ‘est pas de gens qui se réunissent dans l’une des maisons d’Allah pour réciter le Livre d’Allah le Très-Haut et de l’enseigner les uns aux autres sans que la quiétude et la sérénité les pénètrent, la miséricorde les enveloppe, les anges les entourent, et Allah les mentionne auprès de ceux qui se trouvent près de Lui». 
Yazid Ibn Abi Habib a rapporté que le Prophète a dit: «Quiconque a retenu entièrement le Qur’an, Allah le Très-Haut fera alléger à ses père et mère le supplice dussent-ils être infidèles». 
‘Abdullah Ibn ‘Amr Ibn Al-’Ass a dit: «Quiconque a lu le Qur’an sera comme si la prophétie lui ait été incorporée entre ses flancs sans qu’il ait reçu la révélation: quiconque a lu le Qur’an et voit que l’une des créatures d’Allah le Très-Haut a reçu quelque chose meilleure que la sienne aura dénigré ce qu’Allah a glorifié et aura glorifié ce qu’Allah a dénigré. Il ne convient pas au lecteur du coran d’échanger les injures ou de garder rancune comme font les autres, plutôt il doit oublier les méfaits et pardonner». 
‘Abdullah Ibn Mas’oud a dit: «Il faut que le lecteur du Qur’an soit reconnu par sa veille la nuit lorsque les autres plongent dans un sommeil profond; par son jeûne, le jour, lorsque les autres ne le font pas: par son affliction lorsque les autres se réjouissent, par ses pleurs lorsque les autres rient aux éclats; et par l’humilité lorsque les autres s’enflent d’orgueil. Il faut donc que le lecteur du Qur’an soit tout éploré triste, clément, serein et doux. Il ne faut pas que le lecteur du Qur’an soit hargneux, insouciant, vociférant et coléreux». 
Mou’az Ibn Djabal a rapporté que le Prophète a dit: «Trois seront des étrangers dans le monde d’ici-bas, le Qur’an dans le coeur de l’injuste, l’homme vertueux parmi les mauvais compagnons, et le Livre d’Allah le Très Haut dans une maison ou on ne le lit pas. » 
Muhammad ben Ka’b a dit: «Celui qui a lu le Qur’an c’est comme si le Prophète était présent devant lui». Puis il a récité ce verset: (Dis: ‹Allah est témoin entre moi et vous; et ce Coran m’a été révélé pour que je vous avertisse, par sa voie, vous et tous ceux qu’il atteindra.› Qur’ran 6, 19.) 
On a rapporté dans un hadith que le nombre des degrés du paradis est égal au nombre des versets du Qur’an. Au jour de la résurrection, on demandera au lecteur: lis et monte par degré. S’il a retenu la moitié du Qur’an on lui dira : «si lu avais retenu davantage de versets nous aurions augmenté le nombre de tes degrés».
Al-Hussein Ibn ‘Ali a rapporté que le Prophète a dit: «Durant la prière, quiconque récite le Qur’an, debout, aura cent bonnes actions pour chaque lettre prononcée: et quiconque le récite en priant assis, Allah lui assigne pour chaque lettre prononcée cinquante bonnes actions. Quiconque lit le Qur’an, en dehors de la prière, aura dix bonnes actions pour chaque lettre prononcée; on assignera à quiconque a écouté quelques versets du Livre d’Allah, tout en espérant la rétribution, pour chaque lettre entendue une bonne action. Et quiconque lit le Qur’an en entier, ses voeux seront exaucés auprès d’Allah, ou bien promptement dans le monde ici-bas, ou bien comblés dans la vie future».
Le Prophète a dit : « Il y a trois personne que nul ne peut mépriser sauf un hypocrite: un imam juste, un homme qui a vieilli dans l’islam, et le lecteur du Qur’an.»
Abou Oumama a rapporté: «L’Envoyé d’Allah nous a exhortés à apprendre le Qur’an puis il nous a montré ses mérites et nous a dit: «Apprenez le Qur’an. Puis il nous a souligné ses mérites. Il dit: «Au jour de la résurrection, le Qur’an comparaîtra à ses lecteurs, à un moment ou le croyant en aura le plus besoin». Puis il continua: «Le Qur’an, magnifique et sublime, se présentera à son lecteur sous la plus belle forme et lui dira: – «Ne me reconnais-tu point ? » L’homme demandera : «Qui es-tu?» Il lui répondra: «Je suis celui que tu avais tant aimé et tant honoré; je suis celui pour qui tu as consacré tes nuits; et que tu as lu avec zèle, le jour.». Il s’écriera: «Ah! Tu es le Qur’an!» Ensuite, le lecteur comparaîtra devant Allah à qui on lui accordera la royauté de la main droite et l’immortalité de la main gauche, on lui déposera sur la tête la couronne du salut et ses père et mère seront vêtus de deux vêtements somptueux qui valent plus que tous les biens du monde d’ici-bas et s’écrieront surpris: «D’où nous proviennent ces faveurs, nous n’avons pourtant pas accompli des oeuvres méritoires?» On leur dira: «C’est grâce à votre fils et grâce à ses lectures du Qur’an que vous avez mérité ces faveurs».
L’Envoyé d’Allah poursuivit: «Apprenez les deux Sourates : «la Vache» et «La famille de ‘Imran» qui envelopperont, le jour de la résurrection, ceux qui les ont lues, comme deux nuages, ou deux ombrages ou deux essaims d’oiseaux qui voltigent étalant leurs ailes et qui les défendront». Puis il ajouta: «Apprenez la Sourate « Al Baqarah. » La retenir est une bénédiction, la négliger est une angoisse et jamais les magicien ne pourront l’assimiler.» Enfin il conclut: «Toutes ces faveurs seront rendues à quiconque a appris le Qur’an, l’a pris au sérieux et l’a observé avec assiduité ou encore qui ne l’a jamais négligé et qui ne l’a pas exploité pour en tirer des bénéfices.»
Sa’d Ibn Abi Waqas a dit: «Quiconque a lu en entier le Qur’an durant la journée, les anges adresseront des prières pour lui jusqu’au soir; et celui qui l’a lu complètement durant la nuit, les anges adresseront des prières pour lui jusqu’à ce qu’il se réveille le matin.» Et les croyants préféraient le lire en entier durant la journée».
Abdullah Ibn Mubarek a précisé d’ailleurs: «Les croyants préféraient le lire en entier durant l’été et à la pointe du jour: et l’entrée de la nuit en hiver pour qu’ils bénéficient davantage de prières pour eux».
Abou Moussa Al-Ach’ary a rapporté que l’Envoyé d’Allah a dit: «Le croyant qui lit le Qur’an ressemble au cédrat dont l’odeur est agréable et le goût savoureux; le croyant qui ne lit pas le Qur’an est semblable a des dattes dont le goût est délicieux mais dépourvu d’arôme. Le pervers qui lit le Qur’an ressemble à la myrte dont l’odeur est agréable et le goût amer; et le pervers qui ne lit pas le Qur’an est semblable à la coloquinte dont le goût est très amer et qui n’a pas d’arôme» »
‘Oukba Ibn ‘Amir a rapporté que le Prophète a dit: «Celui qui lit le Qur’an en secret est semblable à celui qui fait l’aumône en secret; celui qui lit le Qur’an en public est semblable à celui qui fait l’aumône en public».
Al-Walid Ibn ‘Abdullah a rapporté que le Prophète a dit: «Les péchés ont étalés devant moi et je n’ai trouvé de péché plus énorme qu’un lecteur qui néglige le Qur’an».
Talq Ibn Habib a rapporté que le Prophète a dit: «Quiconque a appris le Qur’an, puis l’a oublié sans aucune excuse, on le rabaissera d’un degré pour chaque verset oublié, et il comparaîtra, le jour de la résurrection comme un lépreux et honni». L’Envoyé d’Allah a dit: «Quiconque a appris le Qur’an puis l’a oublié sans aucune excuse, comparaîtra, le jour de la résurrection, manchot».
Ad-Dhahak a dit: «Tout homme qui a appris le Qur’an puis l’a oublié sera frappé d’un malheur, ensuite il récita à l’appui: (« Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il pardonne beaucoup. » Qur’an 42, 30)
L’oubli du Qur’an est un grand malheur.
Abou Hanifa a dit: «Aura accompli ses obligations quiconque lira le Qur’an deux fois par an, parce que le Prophète l’avait lu devant Jibril une fois par an, et deux fois l’année où il rendit son dernier souffle».


Du mérite de celui qui étudie le Qur'an et qui l'enseigne

II ne faut pas que le lecteur renonce à la part qui lui revient de lecture du Qur’an à certains moments et toutes les fois qu’il lise davantage ce sera bien meilleur pour lui.
Le Prophète a dit: « Le meilleur des hommes est celui qui a eut à peine le temps de s’installer et qui repart. » On demanda: « Et qui donc Ô Envoyé d’Allah? » II répondit: « C’est celui qui a à peine achevé la lecture du Qur’an qu’il la reprend ». C’est celui qui a lu tout le Qur’an du début du Livre jusqu’à la fin; chaque fois qu’il l’achève, il reprend sa lecture. II faut que le lecteur achève la lecture de tout le Qur’an deux fois par an s’il n’arrive pas à lire davantage.
Al-Hassan Ibn Ziad a rapporté que Abou Hanifa a dit: « Quiconque aura lu le Qur’an tout entier deux fois par an se sera acquitté de son devoir parce que le Prophète l’a récité à Jibril deux fois durant l’année ou il rendit l’âme.
Anas Ibn Malik a rapporté que le Prophète a dit: « On m’a exposé les rétributions réservées à ma communauté même celle accordée à celui qui enlève un brin de paille de la mosquée, je n’ai pas trouvé une rétribution qui soit meilleure que celle destinée à la lecture du Qur’an. De même on m’a exposé les péchés de ma communauté et je n ‘ai pas trouvé un péché plus énorme que celui d’un homme qui, ayant appris un verset ou une sourate, et l’oublie.
‘Uthman Ibn ‘Affan a rapporté que le Prophète a dit: « Le meilleur d’entre vous est celui qui a appris le Qur’an et qui l’enseigne ».
Abou ‘Abdur Rahman a dit: « Voilà ce qui m’avait fait assigner ce poste c-à-d. qu’il s’était chargé d’instruire les hommes et il était le maître de Al-Hassan et d’Al-Hussein .
Zoun-Noun a dit: « Je suis entré dans la mosquée et j’ai trouvé un homme qui récitait: «Leur Seigneur leur fera boire une boisson pure ». [Qur'an LXXVI- 21] et il se mettait à le répéter en passant sa langue sur ses lèvres comme s’il sirotait une boisson. Je lui ai fit remarquer: « Toi que voilà! Est-ce que tu bois ou tu lis? II me répondit: « O désoeuvré! La lecture du Qur’an me procure une allégresse et une douceur pareilles à celles que pourrait procurer la boisson pure que je viens de citer. »
On a rapporté, dans un hadith, qu’lsrafil avait un ton suave. Lorsqu’il se mettait à lire le Qur’an, les anges interrompaient leur prière pour l’écouter. Daoud avait une très belle voix. Il lui fut accordé une voix si mélodieuse que lorsqu’il récitait les psaumes, l’eau se retenait de couler, les oiseaux flottaient d’extase dans les airs, les bêtes et les fauves se tenaient adoucis; et les lions ensorcelés se trouvaient entre les moutons. Mais lorsqu’il eut commis la faute vénielle, la douceur de sa voix lui fut retirée. II s’écria: «O Seigneur! Qu’as-tu fait de ma belle voix? » Allah à Lui la Puissance et la Gloire lui a révélé: «Tu Nous as obéi et Nous t’avons accordé Notre attention; tu Nous as désobéi et Nous étions indulgent à ton égard; et Si tu redevenais comme tu étais auparavant, nous t’accueillerions ». Et lorsque le jour de la résurrection aura lieu, Allah le Très Haut ordonnera à l’ange lsrafil de réciter le Qur’an; et à Daoud de réciter à son tour les psaumes. Et Daoud de s’écrier: 0 Seigneur! Ma belle voix? II lui répondra: « Ta belle voix te sera rendue ! » Et on lui redonnera sa belle voix. Alors à ce moment, de leurs appartements, s’élèvera en choeur le chant des Hours aux grands yeux noirs; et d’autres voix exquises qu’aucune créature n’aurait entendues de pareilles s’élèveront. Allah à Lui la Puissance et la Gloire dira: « Avez-vous jamais entendu de voix si gracieuses? » Et le voile se relèvera, et leur Seigneur leur dira: « La paix soit sur vous ! » C’est ce que Très-Haut a dit: (La salutation qu’ils recevront le jour ou ils comparaîtront devant Lui sera : Paix) [Qur'an XXXIV – 44] 
L’enseignement du Qur’an se fera de trois façons: soit sans toucher un salaire mais en comptant sur la récompense divine, soit contre un salaire, soit sans exiger un salaire quelconque mais sans refuser un cadeau qu’on lui présente.
Celui qui enseigne bénévolement sera récompensé et son acte est semblable à celui des Prophètes . Quant au cas de celui qui enseigne pour un salaire, les ulémas ont avancé des points de vue différents: nos contemporains ont soutenu qu’il ne lui est pas permis de toucher aucun salaire parce que le Prophète a dit: « Transmettez d’après mois fut-ce un verset ». II a exigé de sa communauté de transmettre les prescriptions d’Allah, tout comme Allah le Très-Haut avait exigé de Son Prophète d’annoncer. Puisqu’il n’était pas permis au Prophète de percevoir une rémunération, de même il n’est pas permis à sa communauté d’en toucher. Tandis que certains ulémas, tels que Issam Ibn Youssouf, Nassir Ibn Yahia, Abou Nassr Ibn Salam et bien d’autres qui nous ont précédés, ont affirmé qu’il est permis à celui qui enseigne le Qur’an de toucher une rémunération. II est préférable que celui qui enseigne fixe les conditions de la rémunération selon qu’il enseigne le Qur’an, l’orthographe et la composition. II n’est pas un mal s’il fixe un salaire pour enseigner le Qur’an, puisque les musulmans le transmettaient de génération en génération et qu’ils auront toujours besoin de cet enseignement.
Quant au cas de celui qui enseigne le Qur’an sans rien exiger mais qui accepte le présent qu’on lui offre, alors tous les ulémas l’ont toléré puisque le Prophète était un enseignant et acceptait le présent.
Abou Said Al-Khoudry a rapporté : « Les compagnons de I’Envoyé d’Allah lors du retour d’une expédition et traversèrent l’une des tribus arabes. Quelqu’un s’enquérit: « Y a-t-il parmi vous un exorciseur? Le chef du clan a été piqué ? » L’un des combattants l’exorcisa en récitant la première sourate du Livre et il fut aussitôt guéri. On lui offrit un troupeau de moutons mais l’homme refusa de le prendre. A ce propos, on interrogea l’Envoyé d’Allah . II répondit: « Avec quoi l’as-tu exorcisé? » L’homme dit: « En récitant la première sourate du Livre ». « Qui t’a informé que c’était une incantation? » Accepte le présent et réserve a moi une part. Donc il est toléré de prendre un présent.
Il a répugné à certains ulémas de marquer de signes diacritiques les lettres dans le texte coranique, et de le partager en dixième. Et c’est le point de vue d’Abou Hanifa (qu’Allah lui fasse miséricorde) qui s’est fondé sur une remarque de ‘AbdAllah Ibn Mas’oud . II conseilla: « Purifiez le Qur’an et n’écrivez aucune glose a côté de la parole d’Allah le Très-Haut, ne le divisez pas en dixième et ne marquez pas de signes diacritiques ses lettres; embellissez-le en le psalmodiant et respectez les flexions car le Qur’an a été révélé en langue arabe ».
Nous, nous trouvons qu’il est valable de marquer de signes diacritiques les lettres du Qur’an puisque les musulmans l’ont transmis de génération en génération et qu’ils en ont besoin surtout pour enseigner le Qur’an à des étrangers. Dans ce cas les signes et les flexions sont indispensables. On a dit : «Le Qur’an est un messager véridique intercesseur et intercédé. »
II n’est pas permis à celui qui est en état d’impureté majeure (janaba) ni à celle qui a les menstrues de lire le Qur’an ou de le toucher s’il n’est pas dans son étui. Rien n’empêche s’il est impur (rituellement) de réciter le Qur’an et il ne doit toucher le Livre que protégé dans son étui, conformément à la parole d’Allah le Très Haut : «Ne peuvent le toucher que ceux qui sont en état de pureté. » [Coran LVI - 79].
Le Prophète a souligné: « Le Qur’an ne sera touché que par un homme en état de pureté ». Rien ne l’empêche de lire le Qur’an ‘iI n’a pas fait les ablutions. C’est ce que ‘Ali Ibn Abi Talib a rapporté: « Le Prophète récitait le Qur’an aussitôt après avoir satisfait un besoin naturel. Rien ne l’empêchait de réciter que les funérailles.
II est plutôt préférable que le lecteur du Qur’an ait fait ses ablutions. Et il n’est pas interdit à celui qui est en état d’impureté rituelle ou à celle qui est a ses menstrues de lire moins qu’un verset. Et si une enseignante à ses règles et qu’elle voulait apprendre le Qur’an à des garçons, elle devrait leur apprendre la moitié d’un verset puis elle devrait se taire un moment, et ensuite leur apprendre l’autre moitié. II est donc interdit qu’elle enseigne un verset entier d’un coup.
II est interdit à l’impur (rituellement) et à celle qui a ses menstrues d’entrer dans la mosquée. Rien n’empêche celui qui est en impureté mineure d’y entrer, et il n’y a aucun mal à ce que les impurs rituellement ou les femmes qui ont leurs menstrues de célébrer les Louanges d’Allah le Très-Haut, de le glorifier et de prononcer des invocations. Cependant II ne leur est pas permis de lire le Qur’an en particulier.

Brefs aperçus historiques sur les grandes étapes du Tafsir

depuis le Prophète jusqu’à Tabari
 
Le Sheikh Ad Dhahabî distingue trois grandes étapes du tafsîr correspondant à trois époques
_ L’époque du Prophète et des Compagnons,
_ L’époque des Suivants,
_ L’époque de la compilation.
L’époque du Prophète et des Compagnons (VIIe siècle ap. J.-C.).
Les sources des premiers commentaires. 
En premier lieu il est utile de connaître les sources auxquelles ont puisé les premiers commentateurs. Le mieux que nous puissions faire est de nous référer encore une fois à l’ouvrage magistral du Sheikh Ad Dhahabî auquel nous nous étions déjà référé précédemment
« Après la mort du Prophète , les Compagnons qui commentèrent le Qur’an puisèrent à trois sources:
- Le Qur’an,
- Les Hadiths du Prophète ,
- L’effort personnel de compréhension (ijtihâd) et la déduction logique (istinbât).
Dhahabî analyse ensuite chacune de ces sources.
• A propos du Coran il dit ceci:
« Celui qui étudie le Coran y trouve à la fois des passages concis et d’autres prolixes, des passages résumés et d’autres détaillés, des notions mentionnées sans condition limitative à certains endroits et mentionnées ailleurs avec des conditions limitatives, des notions mentionnées parfois avec un caractère général parfois avec un caractère particulier; parfois ce qui est concis à un endroit est détaillé ailleurs.
C’est pourquoi il est indispensable que celui qui aborde le commentaire du Livre d’Allah étudie en premier lieu le Qur’an… ».
Dhahabî explique ensuite comment le Qur’an peut aider à comprendre le Qur’an, puis il aborde le cas très particulier des « lectures coraniques » (qirâ’ât) en disant « Le Qur’an peut encore expliquer le Qur’an par comparaison entre les différentes « lectures » car certaines différences entre les variantes sont des différences de termes mais non de significations.
D’autres différences se traduisent par des adjonctions à certains endroits de sorte qu’une « lecture » comportant un terme supplémentaire dans un passage peut servir d’explication à une autre « lecture » ou dans le même passage ce terme n’est pas mentionné… ».
• A propos du Hadîth, Dhahabî rappelle la fonction qu’Allah imposa au Prophète  : «Nous avons fait descendre le Qur’an, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu’on a fait descendre pour eux et afin qu’ils réfléchissent.» (Qur’an,16, verset 44).
La Sunna du Prophète  a, d’une façon générale, la fonction d’expliquer et de spécifier la Parole d’Allah. Ainsi, il est ordonné dans le Qur’an de « faire la prière et d’acquitter l’aumône » mais c’est le Prophète  qui précisa quand et comment il faut faire la prière et dans quelles conditions et suivant quelles proportions il faut s’acquitter de l’aumône obligatoire. «Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah.» (Qur’an4 verset 80).
Le Sheikh Ad Dhahabî précise ensuite que le Prophète n’a pas expliqué tout le Qur’an, terme par terme, mais qu’il a mis en évidence les significations les plus fondamentales d’un grand nombre de versets.
- A propos de la troisième source, il dit ceci : « Beaucoup de Compagnons expliquèrent certains versets coraniques par leur propre effort personnel de compréhension en s’appuyant sur:
- La connaissance de la langue arabe et de ses secrets.
- La connaissance de l’histoire des Arabes, la connaissance de la situation des Juifs et des Chrétiens de la péninsule arabe à l’époque de la Descente du Qur’an.
- Leur intelligence de la Révélation et leur perspicacité ».
Les premiers commentateurs à l’époque des Compagnons :
Ibn Abbâs , l’Interprète du Qur’an. 
Le Sheikh Ad Dhahabî dit:
«Le nombre des Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux tous) qui s’illustrèrent par le commentaire du Qur’an est modeste.
Les Compagnons parlaient du Qur’an en fonction de ce qu’ils avaient entendu du Prophète , directement ou par ouie dire, ou en fonction des circonstances de la révélation dont ils avaient été témoins. Dans l »Itqân », Souyoûtî a signalé les Compagnons qui étaient réputés pour avoir été versés dans le « tafsîr »; ils placent parmi eux les Compagnons suivants :
- Les quatre Califes (Abu Bakr, ‘Umar, Uthmân et Alî ,
- Ibn Mas’ûd,
- Ibn ‘Abbâs,
- Ubayy Ibn Ka’b,
- Zayd ibn Thâbit,
- Abû Moussa Al Ach’ari,
- ‘Abd Allâh ibn Zubayr — Qu’Allah soit satisfait d’eux tous.
Il y eut encore d’autres Compagnons qui donnèrent quelques commentaires mais il n’y eut que très peu de choses qui furent rapportées de leur part. Parmi ces Compagnons figurent :
- Anas ibn Mâlik,
- Abû Hurayra,
- ‘Abd Allâh ibn ‘Umar,
- Jâbir ibn Abd Allâh,
- ‘Amru Ibn Al ‘Ass,
- ‘Aïcha (l’épouse du Prophète ) qu’Allah soit satisfait d’eux tous ».
Parmi tous ces Compagnons, l’interprète par excellence du Qur’an fut Ibn ‘Abbâs et Tabarî cite un très grand nombre d’explications rapportées de sa part.
L’importance d’Ibn ‘Abbâs dans le commentaire en général et dans le commentaire de Tabarî en particulier exige que nous donnions ici un bref aperçu de sa biographie ».
- ‘Abd Allah Ibn ‘Abbâs Ibn ‘Abd al Mutalib Ibn Hâchim… était le fils de l’oncle paternel de l’Envoyé de d’Allah .
Ibn ‘Abbâs est né alors que le Prophète et sa famille se trouvaient encore à la Mecque, trois ans avant l’Emigration. De par son lien de parenté et du fait que sa tante Maymouna était l’une des épouses du Prophète , Ibn ‘Abbâs passa son enfance dans l’intimité de celui-ci.
Lorsque le Prophète mourut, Ibn ‘Abbâs avait treize ans (d’autres disent quinze).
Il s’appliqua alors à fréquenter les plus anciens Compagnons et recueillit de leur bouche les « Hadiths » du Prophète qu’il n’avait pas entendus lui-même.
D’après les avis les plus plausibles, il mourut en l’an 68 de l’Hégire, à l’âge de soixante-dix ans, à Tâ’if où il fut enterré.
Son enterrement eut lieu sous l’égide de Muhammad ibn al-Hanafiyya qui prononça sur sa tombe ces paroles : « Par Allah, aujourd’hui est mort le « Docteur » (jjabr) de cette communauté ».
Par l’abondance de sa science, Ibn ‘Abbâs fut surnommé le Docteur et l’Océan (Bahr). Il avait atteint un degré exceptionnel dans la connaissance des significations du Livre d’Allah et dans l’effort personnel de compréhension. C’est donc vers lui que chacun se tournait en définitive pour avoir un avis sur les questions d’ordre juridique (fatwa) ou pour obtenir des commentaires du Qur’an.
‘Umar (le second Calife) le faisait siéger près de lui dans le cercle des plus anciens Compagnons et il lui disait : « Parmi nos jeunes gens c’est toi qui as les meilleures qualités et la meilleure compréhension du Livre d’Allah. »
Lorsque ‘Umar l’interrogeait en présence des Compagnons, Ibn ‘Abbâs répondait: Je ne dirai rien avant qu’ils n’aient parlé. »
Boukhârî cite le propos suivant rapporté par Sa’îd ibn Jubayr de la part d’Ibn ‘Abbas « ‘Umar m’introduisit un jour parmi les vétérans de la bataille de Badr et l’un d’entre eux fut comme gêné [par ma présence] : « Pourquoi, dit-il, celui-ci vient-il avec nous alors qu’il est de l’âge de nos fils? »
‘Umar lui répondit : « il est parmi les plus savants d’entre vous… »»
Au sujet d’Ibn Abbâs, Ibn Mas’ûd a dit : « C’est le meilleur Interprète du Qur’an » et Abd ‘Allah Ibn ‘Ataba a dit « Ibn ‘Abbâs surpassait tout le monde par bien des qualités : Sa connaissance de ce qui s’était passé avant lui, sa compétence lorsqu’on avait besoin de son avis, sa grandeur d’âme, sa noblesse et ses connaissances du ta’wîl.
Je n’ai vu personne de plus savant que lui au sujet des propos tenus « avant
lui » par l’Envoyé d’Allah ou au sujet des décisions prises par Abû Bah, ‘Umar et Uthmân, ni personne de plus compétent ou de plus profond que lui pour donner un avis. Il était si versé dans chaque domaine qu’il pouvait ne parler un jour que de questions juridiques (fiqh), ou un autre jour de « ta’wîl « , un autre jour des expéditions militaires ou de poésies ou encore des « Journées mémorables » des Arabes. »
Faisant l’éloge du commentaire d’Ibn ‘Abbâs, ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah soit satisfait d’eux tous) disait : «C’est comme s’il regardait vers le Monde invisible à travers un voile ténu!»
Le Sheikh Ad Dhahabî avance ensuite quelques explications sur l’étendue de sa science :
- Premièrement : la prière que le Prophète adressa, en sa faveur, à Allah : « Mon Seigneur, enseigne lui le Livre et la Sagesse ! » ou encore d’après une autre version: « Mon Seigneur, rends-le compétent dans le domaine de la Religion et enseigne-lui l’interprétation (ta’wîl)! »
- Deuxièmement : le fait qu’il ait grandi dans la « maison de la Prophétie » et qu’il ait fréquenté l’Envoyé dès qu’il fut capable de discernement.
- Troisièmement : le fait qu’il ait fréquenté les plus grands Compagnons en recueillant leurs propos et en leur transmettant d’autres. C’est auprès d’eux qu’il apprit en quels lieux et en quelles circonstances descendit la Révélation et quelles furent les circonstances historiques qui entourèrent l’institution de la Loi.
- Quatrièmement : sa connaissance d’un vocabulaire peu usité, sa maîtrise de la langue arabe, de ses particularités et de ses règles générales, et du « bon usage ».
Il aborde ensuite diverses questions polémiques dont celles de l’authenticité de tous les propos attribués à Ibn ‘Abbâs. Il n’est pas question d’entrer ici dans ces discussions qui sont d’ailleurs trop complexes et trop importantes pour être exposées en quelques phrases.
Signalons simplement cette remarque du Sheikh Fâdil ibn Achour : « Parmi les hommes qui étudièrent à la Mekke auprès d’Ibn ‘Abbâs et se formèrent à son enseignement il y eut un certain nombre de Suivants qui se spécialisèrent dans la transmission de ses commentaires.
Les grands Traditionnistes eurent à l’égard de ces Suivants la même attitude critique que celle qu’ils observaient à l’égard de tous les autres transmetteurs de hadiths [paroles ou actes du Prophète ] ou de « Khabar » [paroles ou actes d'un Compagnon] en distinguant parmi eux, ceux qui étaient sûrs de ceux qui l’étaient moins.
Parmi les disciples d’Ibn ‘Abbâs, il y eut des hommes qui furent réputés pour être véridiques, dignes de confiance et minutieux, et sur lesquels les Traditionnistes se sont fondés [lorsqu'ils ont répertorié les propos sûrs d'Ibn 'Abbâs] : ce fut le cas de Mujâhid, de Ikrima, de Tawus de Atâ ibn Abî Rabâb, de Sa îd ibn Jubayr.
Ce sont leurs propos que l’Imâm Boukhârî a retenus et qui constituent dans son « Recueil de hadîths authentiques » les éléments de « tafsîr » attribués à Ibn ‘Abbâs.
Mais il y eut également parmi les disciples d’Ibn ‘Abbâs, des hommes à l’égard desquels les grands Traditionnistes émettent les plus sérieuses réserves et dont ils considèrent que tout ce qu’ils ont pu dire est sujet à caution : ce fut le cas de Ad Dahhâk, de ‘Atiyya ibn Sa’d et de As Suddiyy.
L ‘époque des Suivants: seconde étape du « tafsîr
(Fin du premier siècle, début du IIe siècle de l’Hégire).
Les trois grands centres intellectuels à la fin du premier siècle de l’Hégire et au second siècle furent : la Mekke, Médine et Kûfa en Irâk.
Dans chacun de ces centres se fixèrent quelques Compagnons éminents qui transmirent aux Suivants les sciences qu’ils avaient acquises auprès du Prophète , leur mode de compréhension des sources et leur méthode d’exégèse.
Étant donné que Tabari cite la plupart des premiers commentateurs de la génération des Compagnons et de celle des Suivants, il peut être intéressant de pouvoir les situer par rapport aux regroupements intellectuels qui se produisirent à cette époque : « La science du tafsîr de l’École de la Mekke était fondée sur les propos rapportés ou tenus par Ibn ‘Abbâs dont les principaux disciples furent
- Sa’îd ibn Jubayr,
- Mujâhîd,
- lkrima,
- Tâwûs ibn Kaysân,
- A’tâ ibn Abî Rabâh.
La science du tafsîr de l’École de Médine était fondée sur les propos tenus ou rapportés par le Compagnon du Prophète : Ubayy ibn Ka’b et dont les principaux disciples furent :
- Abû ‘Aliya
- Ibn Ka’b al Qurzî,
- Zayd Ibn Aslam.
Enfin la science du tafsir de l’école de Koufa était fondée sur les propos tenus ou rapportés par le Compagnon du Prophète Ibn Mas’ûd dont les principaux disciples furent:
- ‘Alqama ibn Qays,
- Masruq,
- Al Aswad ibn Yazid,
- Murra al Hamadânî,
- ‘Amir ach-Cha’bî,
- Al Fjasan al Basrî,
- Qatâda. 
Signalons que certains disciples d’une de ces Écoles pouvaient avoir rencontré un maître ou un disciple d’une autre Ecole et avoir étudié un certain temps auprès de lui.
Ce sont les données traditionnelles transmises par ces commentateurs qui constituent la source de ce qui est appelé « les Commentaires fondés sur les données traditionnelles antérieures » (tafsîr bil ma’thûr).
Le Sheikh Ad Dhahabî signale ensuite trois grandes faiblesses de ce type de Commentaire :
- La présence d’un grand nombre de propos forgés de toutes pièces et attribués abusivement à l’un des premiers grands commentateurs.
- L’introduction désordonnée de certaines données d’origine judaïques.
- L’absence fréquente de la chaîne des transmetteurs.
L ‘époque du « tadwîn » : troisième étape du tafsîr
(Fin du deuxième siècle, début du quatrième).
Les faiblesses du « tafsîr bil ma’thûr » n’ont cessé de s’aggraver au cours du second siècle en sorte qu’il fut indispensable à un certain moment de remettre de l’ordre dans les données traditionnelles qui circulaient en faisant un tri rigoureux entre les données dont l’authenticité était sûre, celles qui étaient sujettes à caution et celles qui étaient purement et simplement fausses et qui avaient été forgées de toutes pièces pour apporter quelques arguments supplémentaires aux tenants de certaines positions doctrinales ou politiques (ces deux aspects étant d’ailleurs souvent liés). Sous ce rapport le « tafsîr » suivait la même évolution que la science du Hadîth, transmise de même, initialement, par la seule voie orale.
C’est ainsi que des docteurs sunnites éminents abordèrent la tâche difficile de réunir les données traditionnelles (tadwîn) et de les étudier en commençant par une critique sévère des « isnâd ».
Il ne s’agissait pas pour eux de critiquer les premiers commentateurs mais de savoir ce qu’ils ont dit effectivement, étant entendu que les commentaires les plus fondamentaux étaient ceux qui avaient été donnés par le Prophète et ses Compagnons.
Or l’authenticité de leurs propos ne pouvait être garantie que par la validité de la chaîne des transmetteurs. Dans un « isnâd », deux transmetteurs successifs doivent avoir vécu, ne fût-ce qu’un temps, à la même époque et dans le même lieu et à un âge où l’un et l’autre pouvait se comprendre. Si par exemple dans un « isnâd », deux personnages sont censés avoir transmis une donnée traditionnelle l’un à l’autre mais que l’étude biographique de l’un et de l’autre révèle qu’ils n’ont jamais pu se rencontrer véritablement, il est évident que cet « isnâd » comporte une faiblesse.
Si la donnée traditionnelle transmise par cette voie n’est pas transmise, ailleurs, par un « isnâd » plus sérieux, il ne faudra pas en tenir compte, ou tout au moins l’accepter avec le maximum de réserves.
Il est compréhensible, dans ces conditions, que les premiers commentaires écrits aient consisté tout d’abord en compilation des données traditionnelles orales réunies verset par verset et accompagnées uniquement de remarques critiques au sujet des « isnâd ». D’après Ibn ‘Achour, cette méthode fut inaugurée par Yahya ibn Sallâm dont le commentaire se trouve encore à l’état de manuscrits dans les bibliothèques tunisiennes.
Il revint à Abû Ja’far at Tabari un triple honneur : celui de parachever cette méthode en collationnant une prodigieuse quantité de données traditionnelles; celui de la compléter en ajoutant des explications nécessaires et en mentionnant les variantes importantes de « lecture »; et enfin celui d » ouvrir » cette méthode, austère et susceptible d’étouffer la compréhension profonde et directe du texte coranique, à un « retour » (ta’wîl) à ses significations fondamentales et à une recherche personnelle constante. Le « point de vue » de Tabari est une « discipline » qui respecte les données antérieures avec discrimination, compétence et honnêteté, qui les intègre avec rigueur, logique et prudence, et qui les dépasse parfois avec audace, toujours avec le scrupule de dire ce qu’il estime être la vérité.
Pour Tabari, les données traditionnelles ne sont pas une fin mais un moyen de comprendre la Parole divine.

Histoire de la recension du Qur'an par Zayd ibn Thabit

Ahmad ibn Abda ad Dabbi nous a rapporté que ‘Abd Al ‘Aziz ibn Muhammad AdDarawardi lui a dit de la part de ‘Imara ibn Ghazuja qui le tenait de Ibn Chihab qui le tenait de Kharija ibn Zayd ibn Thabit que son père Zayd ibn Thabit a dit : « Lorsqu’il y eut beaucoup de Compagnons de l’Envoyé d’Allah qui furent tués au Yémen, ‘Umar ibn Al Khattab vint trouver Abou Bakr [qui était alors le premier "Khalife" ou Lieutenant du Prophète ] et lui dit : « Les Compagnons de l’Envoyé d’Allah ont été décimés au Yémen comme des papillons se consument sur le brasier et je crains qu’il en soit de même ailleurs. Or ils sont « porteurs » du Qur’an [car ils le savent par coeur] et s’ils venaient tous à disparaître, le Qur’an se perdrait et s’oublierait. Ne pourrais-tu pas le réunir (jama’a) [en rassemblant les personnes qui le connaissent par coeur] et l’écrire [dans un recueil unique]. (Note : D’après les données traditionnelles rapportées par Suyûtî, dans 1″ Itqân », le texte révélé du Qur’an (et non le Qur’an lui-même qui n’a jamais cessé d’être ce qu’il est au Ciel) avait déjà été réuni une première fois du vivant du Prophète , oralement et par écrit; oralement « dans les poitrines» de ceux qui le connaissaient par coeur et par écrit, sur des supports divers sauf que, avant Abou Bakr, ces écrits épars n’avaient pas encore été eux-mêmes réunis et agencés selon l’ordre indiqué par la tradition orale. II faut d’ailleurs préciser que du vivant du Prophète le Qur’an était écrit par des scribes de Zayd ibn Thabit lui-même, verset par verset au fur et à mesure de leur « descente ». Le Prophète indiquait alors à quel endroit il fallait les placer et cette indication était retenue oralement en même temps que l’ensemble du passage était récité. Sous le rapport de la transmission orale, le rassemblement des versets se fit donc immédiatement pour ceux qui étaient les « dépositaires oraux » mais il dut être refait plus tard du point de vue de l’écriture puisque les versets étaient disséminés sur des supports divers. Ce fut là le second » rassemblement » écrit, complet, du Qur’an établi sur l’ordre d’Abou Bakr, mais le premier selon l’ordre des versets dans les sourates. Il y eut ensuite sur l’ordre de ‘Uthman un troisième « rassemblement » écrit où il a fallu ordonner l’ensemble des textes des sourates en fonction des données de la transmission orale remontant également au Prophète ).
Ferai-je une chose que l’Envoyé d’Allah n’a point faite? » Lui répondit Abou Bakr]. Par la suite, Abou Bakr réexamina la question et revint sur son attitude. Il manda alors Zayd ibn Thabit [qui continue maintenant de nous rapporter ce qui se passa]:
«J’arrivai chez [le Calife] Abou Bakr. ‘Umar était auprès de lui, dans l’attitude de quelqu’un qui se redresse pour tenir tête, et le calife me dit : « Celui-là m’appelle à faire une chose que j’ai refusée. Toi, [Zayd], tu es le « scribe » de la Révélation, si tu es de son avis, je vous suivrai tous deux, sinon je m’abstiendrai ».
Abou Bakr me répéta alors ce que ‘Umar venait de lui dire [sur les risques que couraient les " récitateurs" du Qur'an]. J’eus un mouvement de recul devant cette proposition et je dis: « Allons-nous faire ce que l’Envoyé d’Allah n’a pas fait ! ‘Umar qui avait gardé le silence jusque-là dit alors: « Et que pourrait-on vous reprocher si vous faites cela? » Nous considérâmes alors la question, Abou Bakr et moi et en arrivâmes aux mêmes conclusions : « Rien, absolument rien ne pouvait nous être reproché si nous faisions cela ». Abou Bakr m’ordonna alors [de rassembler et d'écrire le Qur'an]. Je l’écrivis sur des morceaux de peaux, d’omoplates et des feuilles de palmiers. Lorsque Abou Bakr mourut et que nous fûmes sous le califat de ‘Umar tout ce qui avait été écrit [dans le premier ensemble] fut réécrit sur un parchemin unique qui resta en possession de ‘Umar lui-même.
Lorsqu’à son tour, ‘Umar eut disparu, ce recueil resta la propriété de [sa fille] Hafça qui était épouse du Prophète . Par la suite, Hudhayfa ibn Al Yaman revint un jour d’une expédition aux confins de l’Arménie et, avant même de rentrer chez lui, il alla trouver le calife [c'était alors le troisième calife "Bien Guidé", 'Uthmân ibn 'Affan ] et lui dit : « O Prince des Croyants, les gens se sont affrontés! Que s’est-il passé? lui demanda ‘Uthman. A cette expédition, participèrent des gens d’Iraq et de Syrie. Or, les Syriens récitent selon la « lecture » de Ubayy ibn Ka’b, que les gens d’Iraq ne sont point accoutumés à entendre et qu’ils déclarent donc erronée. De même, les Iraqiens récitent selon la « lecture » de Ibn Mas’oud, que les gens de Syrie ne connaissent pas et qu’ils déclarent également erronée.
Zayd ibn Thabit ajouta: « [Le Calife] ‘Uthman m’ordonna alors d’écrire un recueil [définitif] et me dit : « Je vais t’adjoindre un homme intelligent et connaissant la langue [arabe]; lorsque vous tomberez d’accord sur un point écrivez-le et lorsque vous divergerez venez me soumettre la difficulté ».
Et le Calife m’adjoignit Abbân ibn Sa’îd ibn Al’Ass.
Lorsque nous arrivâmes au verset suivant « Et le signe de son autorité sera que l’Arche (at-Tâbout) vous reviendra » (Sourate2, verset 248) je disais « tâbouh » alors que Ibn Al ‘Ass disait « tâbout ». Nous soumîmes alors le problème à ‘Uthman qui écrivit : « At tâbout ».
Lorsque j’eus terminé, je fis une révision complète du texte et je vis qu’il y manquait le verset suivant « min al-mu’minin rijâlun çadaqû … wa mâ baddalû tabdilan » (Qur’an 33 verset 23). J’exposai alors la difficulté aux Muhâjirîn (les Compagnons mekkois qui émigrèrent avec le Prophète) et je ne trouvai trace de ce verset chez aucun d’entre eux; puis je m’adressai aux Ançars [les Compagnons d'origine médinoise] et je ne vis personne qui le connut jusqu’au moment où je le trouvai enfin chez Khuzayma ibn Thâbit et alors je l’enregistrai. Je fis ensuite une seconde révision complète du texte et je m’aperçus qu’il y manquait les deux versets « la-qad jâ’a-koum rasouloun min anfousikoum… » jusqu’à la fin de la sourate 9, verset 128 et 129). Je m’adressai encore aux Muhâjirîn et ne trouvai personne qui connut ces versets puis je me tournai à nouveau vers les Ançârs sans plus de succès lorsque finalement je le découvris chez quelqu’un d’autre nommé également Khuzayma. Je fixai alors définitivement ces versets à la fin de la sourate Al Barâ’a (9) et si ces versets avaient été au nombre de trois, je les aurais placés sous la forme d’une sourate indépendante.
Je fis enfin une troisième révision et n’y trouvai plus rien de défectueux.
‘Uthmân envoya alors un messager à Hafsa [fille de 'Umar et épouse du Prophète] pour qu’elle lui donnât le parchemin qu’elle possédait en lui promettant de le lui rendre. Elle lui remit donc ce recueil auquel fut confronté le texte établi par nous et nous ne remarquâmes aucune différence. Puis on rendit son parchemin à Hafsa et ‘Uthmân ordonna de rédiger plusieurs recueils (mous-haf) [en copiant sur ce texte de base].
Plus tard, lorsque Hafsa mourut, on demanda le parchemin [à son frère] ‘Abd Allah Ibn Umar qui le donna et le parchemin fut complètement lavé ». ».
[Et Tabarî ajoute:]
II y a encore d’autres akhbâr (propos de Compagnons ou de Suivants) sur cette question et ce livre s’allongerait considérablement si nous les citions tous.
Ces akhbâr montrent combien, l’Imâm des musulmans, le Prince des Croyants, ‘Uthmân ibn ‘Affân oeuvra pour rassembler les musulmans, et pour éviter que certains d’entre eux ne trouvent des prétextes à apostasier et à retourner à l’impiété après avoir eu la foi. D’ailleurs de son temps déjà et en sa présence, il y eut des gens pour nier l’existence des sept « harfs » bien que les Compagnons de l’Envoyé d’Allah , aient entendu, de vive voix, le Prophète interdire de renier quoi que ce soit de ces « modes de formulation de la Révélation » et leur faire clairement savoir que le doute à ce sujet était impiété.
Lorsque ‘Uthman, devenu Calife, vit les difficultés surgir entre eux, et cela malgré la proximité de la présence vivante du Prophète et de la période où la Révélation descendait, il les amena à faire ce qui leur éviterait une terrible épreuve dans leur religion : il leur demanda de réciter ou de lire le Qur’an selon un seul « harf! » et de se mettre d’accord sur un seul recueil et fit brûler tous les autres exemplaires auxquels ils se référaient encore en demandant à la Communauté de lui obéir et de lui faire confiance. La Communauté vit que cette initiative de ‘Uthman était conforme à la Rectitude et procédait d’une démarche bien guidée : aussi suivit-elle les instructions de son Imam par obéissance à lui et par intérêt pour elle-même et pour toutes les générations futures qui participeront à la même Tradition. Il en fut effectivement ainsi au point que la connaissance des six autres « harfs » s’effaça et que les données traditionnelles [précises] à leur sujet disparurent en sorte que personne n’a plus aujourd’hui le moyen de réciter selon ces « harfs ». Toutefois, si les générations successives furent unanimes pour refuser de réciter selon ces modes, nul n’en nia l’authenticité ne fût-ce que partiellement.
Les musulmans n’ont donc plus d’autres possibilités de lire aujourd’hui le Qur’an en dehors de ce « harf » unique que leur Imam attentionné et pertinent avait choisi pour eux (…) [et qui a été fixé dans le recueil établi sous sa direction par Zayd ibn Thabit].
 
Précisions supplémentaires 
Des sept parlers arabes qui correspondaient aux sept « harfs »
Quelqu’un nous demandera peut-être : quels sont ces sept idiomes arabes qui correspondent aux sept « harfs »?
Nous répondrons tout d’abord que le fait de savoir quels sont ces six « harfs » qui ne sont plus utilisés actuellement, n’a aucune espèce d’utilité puisque de toute façon nous ne pourrions pas les utiliser en fait pour les raisons dites précédemment.
Toutefois, on dit que cinq « harfs » correspondent aux parlers des clans [de la tribu des] Hawâzin et que les deux autres correspondent aux parlers des Quraych et des Khuzâ’a.
Quelques explications complémentaires sur deux hadiths déjà mentionnés
Dans le hadith «le Qur’an a été descendu selon sept « harfs » qui sont tous « remède suffisant » (châfin kâfin) », quelle est la signification de ces deux derniers termes « remède suffisant »?
Alla (que Sa louange soit magnifiée) a décrit le Qur’an en disant : « O gens! Voilà que vous sont parvenus une Exhortation de la part de votre Seigneur, un remède (chifâ’) pour [les maux cachés dans] les poitrines, une Guidance et une Miséricorde pour les Croyants » (Qur’an 10 verset 57).
Allah a fait de ce Qur’an un remède pour les Croyants car ils y puisent les exhortations et les conseils, pour guérir les « maladies» qui surviennent dans leur for intérieur sous la forme d’incitations et de suggestions sataniques et ce remède spirituel est suffisant car le « verbe clair et évident » de ses versets les dispense de toute autre forme de « Guidance ».
De plus le fait que chacun des sept « modes de formulation » soit « remède suffisant » indique clairement que chacun d’entre eux est le Qur’an lui-même. Allah a donc privilégié cette communauté d’une faveur et d’un honneur particulier qu’il n’avait jamais accordés auparavant car tous les Livres descendus antérieurement sur un Prophète ne l’ont été que selon une langue unique en sorte qu’en dehors de la formulation initiale selon cette langue, il ne pouvait y avoir que traduction (tarjuma) et commentaire (tafsîr) et non « récitation traditionnelle » (tilâwa) qui fût identique à la formulation selon laquelle Allah révéla le dit Livre.
Par contre, le Qur’an ayant été descendu selon sept idiomes arabes, il était possible de le réciter dans l’un de ces idiomes, sans qu’il y ait de traduction à faire et en ayant l’avantage de pouvoir le réciter comme il fut formulé initialement.
A propos du hadith « le Qur’an a été descendu selon sept « harfs » à partir de sept Portes du Paradis » nous avions déjà dit qu’à chacune des Portes correspond un aspect fondamental du Qur’an. Si l’on considère les autres Livres révélés, on remarque par exemple que les Psaumes de Daoud sont des « invocations et des exhortations » et que l’Injil de ‘Issa (Jésus) est principalement « glorification, louange, et incitation au pardon et à la charité » et qu’il n’y a pas d’autres obligations légales ni de statuts qui y sont mentionnés; on peut dire que ces Livres révélés ont été descendus selon un ou quelques-uns des thèmes fondamentaux qui se retrouvent tous simultanément dans le Qur’an.
De même que les sept idiomes de la Révélation ont offert aux Arabes, non pas une mais bien sept possibilités d’accès à la compréhension de la Parole divine, les sept aspects fondamentaux de la Révélation offraient à la Communauté tout entière autant de voies pour satisfaire le Seigneur et accéder au Paradis.
Il faut donc comprendre que devant chaque porte du Paradis, l’aspect correspondant du Qur’an a été récité selon sept « harfs », et que les Croyants étaient appelés à entrer au Paradis par l’une de ces Portes en mettant en oeuvre plus spécialement l’aspect correspondant [sans négliger les six autres aspects] : faire ce qu’Allah a ordonné, est une Porte du Paradis, s’abstenir de ce qu’il a interdit en est une seconde, considérer comme licite ce qu’il a institué licite et comme illicite ce qu’il a déclaré illicite sont les troisième et quatrième Portes, avoir la Foi en ce qu’Il a formulé explicitement est la cinquième Porte, s’en remettre à Lui pour les passages de Son Livre dont l’interprétation peut comporter des ambiguïtés et dont Il a voilé la science à Ses créatures et affirmer que tout cela procède d’auprès de Lui, c’est la sixième Porte. Pénétrer la signification des récits et des paraboles, et s’imprégner des exhortations constituent la septième Porte.

la Révélation Préservée

Par Abou Ja’far Muhammad Ibn Jarîr At Tabari
Louanges à Allah et puisse Allah mentionner dans la plus haute assemblée son Serviteur et Prophète Muhammad et le saluer.
Louange à Allah dont les incomparables sagesses s’imposent aux intelligences, dont les Arguments subtils l’emportent dans les controverses suscitées par les intelligences qui raisonnent, dont l’OEuvre, qu’est la Création dans toutes ses merveilles, anéantit les justifications avancées par les athées, dont les Preuves (à Son sujet) proclament aux savants leur témoignage
Il est Allah, il n’y a de dieu que Lui (Houwa). Il n’a pas d’équivalent qui Lui corresponde, ni de semblable qui Lui ressemble, ni d’associé qui L’imite, Il n’a ni fils, ni père, ni compagne ni pareil. 
II est Dominateur absolu et les tyrans en sont réduits à se soumettre à Sa contrainte ; Il est le Tout Puissant, et les rois les plus augustes s’inclinent devant Sa Toute Puissance, et ceux qui suscitent la crainte parmi les hommes s’abaissent devant la crainte révérentielle qu’inspire Son Autorité; toute la création Lui est soumise et Lui obéit de gré ou de force (…), toute chose existante rappelle Son Unicité; toute chose sensible guide vers Sa Seigneurie, par les signes que Son Oeuvre parfaite y a laissés, en sorte, qu’au regard de cette trace de perfection, les défauts, les incapacités, le besoin d’achèvement, l’état de nécessité, et tous les caractères contingents de la chose en soient plus manifestes et en définitive « c’est Lui qui détient la Preuve décisive » (…) 
Les Prophètes
Allâh a confirmé le rayonnement de Sa splendeur dans les coeurs par des Envoyés suscités vers ceux de Ses serviteurs qu’Il a voulus. Ses Envoyés appellent les êtres à réaliser ce dont ils ont eux mêmes réalisé l’authenticité et dont la preuve est fermement établie pour les entendements  » Afin que les hommes n’aient aucun argument à opposer à Allah après la venue des Envoyés  » (Sourate 4 verset 165), qu’Il a assistés de Son Aide divine, qu’Il a distingués des autres hommes par des Preuves attestant leur sincérité, qu’Il a soutenus par des Arguments judicieux et des Signes (ou Versets) inimitables afin que nul ne puisse dire au sujet de l’un d’entre eux :  » Celui ci n’est qu’un être humain semblable à vous qui mange de ce dont vous mangez et bois de ce dont vous buvez. Si vous obéissez à un être humain semblable à vous, vous serez alors perdants  » (Sourate 23 versets 33 et 34). 
Il a fait de ces Envoyés, des Ambassadeurs entre Ses créatures et Lui et des Dépositaires de Sa Révélation. II a privilégié ces Envoyés de Sa Faveur surabondante et les a élus en leur confiant le Message divin. Par les Dons dont II a gratifié chacun d’eux et les pouvoirs miraculeux dont II les a honorés, Il leur a attribué des rangs différents et des demeures spirituelles variées. Il a élevé les uns au dessus des autres selon des degrés complémentaires mais différenciés de perfection. Il a honoré certains d’entre eux du Propos divin qu’Il leur a adressé et de l’Entretien intime et Il en a honoré d’autres de l’assistance de l’Esprit Saint et du privilège de vivifier les morts et de guérir les infirmes et les aveugles. 
Le Prophète Muhammad
Enfin, à notre Prophète Muhammad , Il a accordé le suprême degré, la sublime dignité, la part optima des dons généreux et la part maxima des degrés prophétiques, le plus grand nombre de Compagnons et de Suivants. II l’a suscité avec l’ Appel parfait (à suivre la rectitude) et le Message universel, Il l’a préservé et protégé contre tous les tyrans entêtés et tous les démons rebelles.
Ainsi, par le Prophète , Il manifesta le Culte dont il faut s’acquitter. Il éclaira la Voie à suivre (…), Il disposa les signes de la Vérité; par lui Il anéantit les cultes associés, les doctrines vaines et les voies trompeuses (…).
Il a soutenu Son Prophète par un Argument qui non seulement reste permanent, stable et immuable malgré les changements d’époques et l’écoulement des siècles mais, encore, rayonne d’une lumière et d’une cohésion toujours plus intenses (…).
Louange à Allah, qui nous a accordé l’honneur de le reconnaître comme Véridique et de le suivre (…). Qu’Allah lui accorde, à lui et à sa famille, Ses Grâces les plus pures, Ses salutations les plus vivifiantes et Sa Paix la plus parfaite
Le Qur’an ; La Révélation Préservée.
La faveur la plus prodigieuse qu’Allah a accordée à la Communauté de notre Prophète et dont les autres Communautés traditionnelles ne furent pas gratifiées, fut de préserver Sa Révélation qu’Il fit descendre sur lui.
Il fit de cette Révélation une preuve de Vérité de la fonction prophétique de Ses Prophètes , en général, et une indication claire et un argument éloquent quant à la faveur qu’Il accorda au Prophète Muhammad .
Par cette Révélation Il le distingua sans équivoque des menteurs et des imposteurs, et Il établit la distinction nette entre tous Ses Prophètes et les négateurs, les athées, les mécréants et les associateurs.
Si tous les êtres du monde des djinns ou des hommes, petits et grands, s’unissaient pour produire une seule sourate semblable à cette Révélation ils ne le pourraient pas même s’ils s’entraidaient étroitements.
Il fit de cette Révélation une lumière rayonnante dans l’obscurité de l’ignorance, un astre étincelant dans la nuit de l’incertitude, un guide sûr pour éviter l’égarement dans les multiples modes possibles de l’existence et pour suivre les voies conduisant au Salut et à la Vérité (…)
Qui suit cette Révélation ne peut s’écarter de la Grande Voie (de la Rectitude); qui en est le Compagnon assidu ne peut dévier de la bonne direction; qui s’y conforme est bien guidé et atteint au succès spirituel. En revanche, celui qui en dévie s’égare et tombe dans l’erreur.
Cette Révélation est le refuge originel de ceux qui la suivent et où leurs divergences se résorbent, le lieu où s’établit leur intelligence lors de leurs étapes spirituelles, la forteresse où ils s’abritent contre les suggestions sataniques, la Sagesse seigneuriale d’où ils puisent les arbitrages et la Sentence ultime sur laquelle ils fondent leurs jugements. 
Prière en vue d’obtenir l’assistance divine pour comprendre et commenter la Révélation.
Mon Seigneur (Allahoumma), accorde nous Ton soutien providentiel pour que nous abordions de façon juste et adéquate la Révélation, les versets évidents au
commentaire déterminé ainsi que les versets complexes aux interprétations ambiguës, les versets concernant le licite ou l’illicite ainsi que ceux qui ont une portée universelle ou particulière, les versets formulés en mode synthétique ou développés en mode explicatif ainsi que les versets abrogeants ou abrogés, le sens apparent et le sens caché ainsi que l’explication des difficultés que présentent ces versets et leurs commentaires.
Mon Seigneur, inspire nous pour que nous nous attachions fermement à cette Révélation, en nous référant aux versets évidents (dont le commentaire est sans équivoque), et en nous déchargeant de l’interprétation des versets complexes (pouvant présenter des ambiguïtés).
Mon Seigneur, dispense sur nous la Grâce de pouvoir Te remercier pour nous avoir accordé le bienfait de nous souvenir de Ta Révélation et d’avoir la science des normes sacrées qu’elle institue.
En vérité, Tu es Celui qui entend les prières et dont la réponse est immédiate.
Que la Grâce d’Allah et Ses salutations innombrables et pacifiques descendent sur le Prophète Muhammad et sa Famille. 
La Science du Livre d’Allah.
Serviteurs d’Allah, qu’Allâh vous fasse miséricorde ! Sachez que la chose dont la science mérite le plus d’attention et dont la connaissance mène au but est celle dont la science est agréée par Allah et qui guide le savant vers le chemin de la rectitudes. La chose qui totalise au plus haut degré ces caractères est, pour celui qui désire la trouver, le Livre d’Allâh « qui ne comporte aucune incertitude », et dont la lecture ou la récitation permet au croyant de thésauriser un viatique abondant pour l’Autre monde et d’obtenir une récompense magnifique. Ce Livre est « Une Révélation, descendue de la part d’un Sage Louangé, et que l’erreur ne peut atteindre ni directement ni indirectement  » (Sourate 41 verset 42). 
De la concordance des significations de la langue du Qur’an avec les significations (habituelles) du langage des Arabes.
La Révélation,  » Verbe clair et éloquent ».
Le bienfait le plus immense, le don le plus précieux qu’Allah accorda à Ses créatures fut le « Verbe clair et éloquent » (al Bayân) qui leur permit d’exprimer distinctement leurs pensées et de signifier leurs intentions. Puis lorsqu’Il fit descendre Sa Révélation sous la forme des versets parfaits de Son Livre (…), II leur fit connaître également combien cette faveur de leur avoir accordé le  » Bayân » était providentielle.
Il ne fait pas de doute que le degré suprême et sublime du « Bayân » est le discours qui rend compte de la façon la plus éloquente et la plus claire de ce que son auteur veut exprimer tout en étant le plus compréhensible pour son auditeur.
Mais lorsque la perfection du « verbe » (bayân) est telle qu’il dépasse cette excellence et reste inaccessible aux possibilités de l’humanité au point qu’aucun des serviteurs d’Allah ne puisse énoncer quoi que ce soit de semblable, il devient une preuve et un signe des Envoyés de l’Unique, le Tout Puissant; ce « Verbe » est alors comparable au pouvoir de ressusciter les morts ou de guérir les lépreux et les aveugles, pouvoir qui dépasse les possibilités les plus élevées de la médecine et constitue de même une preuve et un signe de l’origine divine de la Mission des Envoyés.
Il n’y a pas de  » bayân » plus éloquent, de sagesse plus profonde, de langage plus sublime, de propos plus noble que ce « Verbe clair au langage rigoureux » par lequel celui qui le transmit, surpassa tout un peuple en un temps où celui ci était pourtant passé maître dans la technique du discours et dans l’art de l’éloquence dans toute sa richesse et sa force persuasive, que ce fut en mode poétique ou en mode prosaïque, rimée ou non, à des fins divinatoires ou autres. Celui qui transmit ce « Verbe » rendit vain ou réduisit à peu de choses tout ce que les orateurs, les poètes et les devins avaient pu imaginer ou signifier dans leurs discours.
Pur de tout lien avec leur religion, il les appela tous à le suivre, à accepter ce qu’il leur transmettait, à en affirmer la vérité et à reconnaître qu’il était envoyé vers eux de la part de leur Seigneur. Ce « Verbe clair et éloquent » (bayân) qu’il leur transmettait, cette Sagesse (Hikma) et cette Discrimination (Furqân) formulés dans une langue semblable à la leur, énoncée selon une logique conceptuelle conforme à la leur, était la preuve même de la sincérité de ses dires et de la véracité du caractère prophétique de sa mission.
Lorsqu’il les invita à produire quelque chose de semblable, ils reconnurent tous leur incapicité à l’exception de ceux qui par orgueil, firent semblant de n’en rien voir ni savoir ou ceux qui, au comble de la stupidité, allèrent jusqu’à essayer d’inventer des imitations du texte sacré mais ne réussirent qu’à balbutier de dérisoires et ridicules platitudes qui prouvaient, si besoin en était encore, l’incomparable et inimitable supériorité du Verbe divin, éloquence parfaite quant à sa forme, et surcroît d’excellence quant à sa signification profonde. 
Supériorité du « Bayân divin » sur le bayân humain.
En réalité la supériorité du « Verbe divin » sur tout discours d’un être créé est comparable à la supériorité même d’Allah à l’égard de Ses serviteurs. Or le  » Bayân divin » devant être par sa nature même éminemment clair et compréhensible pour ceux auxquels il s’adresse, sans quoi il ne serait plus  » bayân » (discours clair et évident) pour eux, il est nécessairement formulé selon la langue et l’entendement des destinataires du Message divin (ar Risâla) selon les versets :
« Et nous n’avons envoyé un Messager qu’avec la langue de son peuple afin qu’il lui exposât clairement (le Message) » (Sourate 14 verset 4).
« Nous n’avons fait descendre le Livre sur toi [ô Muhammad] que pour que tu leur exposes clairement ce en quoi ils ont divergé et [pour que ce Livre soit] « Guidance » et miséricorde pour un peuple croyant » (Sourate 16 verset 64)
Ainsi s’explique que le Livre qu’Allah fit descendre sur Son Prophète soit révélé dans la langue de celui ci c’est à dire la langue arabe, ce qui est affirmé dans le Qur’an lui-même:
« Nous l’avons fait descendre [cette révélation] sous forme de Qur’ân arabe ; peut être comprendrez vous » (Sourate 12 verset 2).
« En vérité, c’est une descente graduelle [de la Révélation] de la part du Seigneur des Mondes; l’Esprit sûr est descendu avec [cette Révélation] sur ton coeur afin que tu sois [ô Muhammad] parmi ceux qui avertissent en langue arabe claire » (Sourate 26 verset 193)
Il est donc nécessaire que les significations des mots du Livre d’Allah s’harmonisent avec les significations que ces mêmes mots ont dans le langage des Arabes et que le sens apparent du Livre s’accorde avec le sens apparent de ce langage, même s’il se différencie totalement par son excellence de tous les autres langages et discours comme cela a été dit précédemment.
Par conséquent, on retrouvera nécessairement dans le Livre révélé des modes de formulation correspondant aux diverses formes d’expressions typiques de la réthorique arabe : utiliser la concision et la synthèse; atténuer une chose ou l’amoindrir pour, paradoxalement, la mettre en exergue ou y insister; parler d’une chose par métaphore ou sous entendu ou au contraire, l’exposer longuement, avec force précisions, voire en utilisant la répétition ou l’expolition (répétition des mêmes idées avec des termes différents) en mettant les significations profondes en évidence par les mots qui les désignent directement; donner à un cas particulier une portée générale ou, à une affirmation générale un sens particulier; mentionner une qualité pour désigner en réalité le qualifié, ou mentionner le qualifié pour mettre l’accent sur une qualité; citer en premier ce qui est logiquement conséquent ou postérieur, ou citer en dernier ce qui est en réalité antérieur; ne mentionner que ce qui est apparent pour parler également de ce qui est sous entendu.
Tous ces procédés existant dans la langue arabe il est évident que l’on pourra en retrouver des exemples, similaires ou analogues dans le Livre révélé au Prophète

A propos de TASMIA ou BASMALA

Sur le verset de la Tasmia (Bismillahi ar-Rahmani ar-Rahim) et de sa révélation 
D’après Ibn ‘Abbas , la première [chose] que l’archange Gabriel a fait descendre, du ciel, au Prophète fut: «O Muhammad! Prépare­toi et dis: Au Nom d’Allah, le Miséricordieux, le Tout Miséricordieux !»
Et toujours d’après Ibn ‘Abbas, le Messager d’Allah ne sut séparer entre les sourates qu’après la révélation de: Au Nom d’Allah, le Miséricordieux, le Tout Miséricordieux.
Quant à ‘Abdullah Ibn Mass’oud , il a dit: «Nous ne savions pas distinguer entre la fin d’une sourate et le début d’une autre, et ce jusqu’à la révélation de: Au Nom d’Allah, le Miséricordieux, le Tout Miséricordieux.
Enfin, on a rapporté qu’Ibn ‘Umar , a dit: Au Nom d’Allah, le Miséricordieux, le Tout Miséricordieux a été révélé avec chaque sourate.»
Ibn Jarir At-Tabari a dit : « Le Miséricordieux envers toutes les créatures et le Tout Miséricordieux ne concerne que les croyants.»
Les qualificatifs Ar Rahman et Ar Rahim dérivent tous deux de la même racine (Rahmah) qui veut dire miséricorde. Cependant le premier désigne une miséricorde générale qui ne fait pas de distinction entre les créatures. En effet, c’est par une miséricorde que Allah assure la subsistance de tous les êtres : croyants, mécréants, animaux…C’est donc une miséricorde propre à ce monde, ce qualificatif est traduit par le Miséricordieux (ou le Tout Miséricordieux). Quand au second, il désigne une miséricorde supplémentaire et particulière, réservée uniquement aux croyants dans l’au-delà : ce qualificatif est traduit par le Très Miséricordieux.
Sayd Qutb a dit : Ar rahman, Ar Rahim, ces deux qualificatifs (attributs d’Allah l’exalté) embrassent toutes les significations de la grâce et de la compassion dans touts leurs sens. Ils ne s’attribuent ensemble qu’à Allah seul. D’ailleurs, ar Rahman, le Mis éricordieux, lui est réservé exclusivement. S’il est possible de qualifier un serviteur d’Allah de bienfaisant, de plein de compassion et de bienveillance (rahim), il est formellement exclu, selon la loi, qu’un tel serviteur s’arroge le titre de miséricordieux (Rahman), et de même reçoive ces deux attributs ensemble.
Ainsi la Tasmia contient ces deux grands principes de la conception islamique :
- Tout doit commencer par le nom d’Allah ; c’est une règle de bienséance qui contient le nom de l’unicité d’Allah.

Les Sept Harfs du Qu'ran

Au sujet de la langue de la Révélation — Des sept « modes de formulation » du Qur’an
De la langue du Qur’an :
Tabari a dit : « étant établi que tout le Qur’an a été descendu en langue arabe et qu’il est erroné de prétendre qu’il contient des termes non arabes, la question qui se pose à présent est la suivante : en quels idiomes arabes a-t-il été révélé? L’a-t-il été selon tous ou selon certains d’entre eux?
En effet, si les Arabes sont tous désignés par le même nom, ils ne se différencient pas moins par leurs idiomes qui varient sensiblement quant à leur logique et quant à leur parler.
Or Allah, a dit à Ses serviteurs qu’Il a fait de la Révélation un « Qur’an arabe» et « qu’Il l’a descendu selon une langue arabe claire ». Apparemment, on pourrait attribuer à ces passages soit une portée particulière [en comprenant qu'il s'agit d'un idiome précis] soit une portée générale [en voulant dire que tous les idiomes arabes sont concernés]. Pour avoir une réponse satisfaisante il faudra se référer aux explications fournies par l’Envoyé d’Allah lui-même à qui la claire compréhension du Qur’an a été accordée. 
Données traditionnelles sur l’existence des « sept « harfs » ».
Abou Hurayra rapporte que l’Envoyé d’Allah, a dit: « Le Qur’an a été descendu selon sept « harfs »; or avoir des doutes au
sujet du Qur’an est impiété (koufr) (il répéta cela trois fois); ce que vous en savez mettez-le en pratique et ce que vous en ignorez, laissez-le à celui qui en a la science ».
Abou Hurayra rapporte encore que le Prophète a dit : « Un Savant, Sage, Pardonnant et Miséricordieux a descendu le Qur’an selon sept  » harfs » ».
« Abd Allah ibn Mas’ûd (qu’Allah soit satisfait deux) rapporte que le Prophète a dit : « Le Qur’an est descendu selon sept « harfs »; chacun de ces « harfs » a un aspect apparent et un aspect intérieur et chacun a une limite et chaque limite a une « aurore ».
Ibn Mas’oud a dit également : «Il y eut un différend entre nous (les Compagnons) au sujet d’une sourate du Qur’an, avait-elle trente-cinq ou trente-six versets?
Nous nous rendîmes auprès de l’Envoyé d’Allah que nous trouvâmes en conversation avec ‘Ali . Nous lui dîmes : «Nous sommes en désaccord au sujet de la lecture ».
Le visage du Prophète s’empourpra et il nous dit : « Les peuples qui vous ont précédé n’ont été perdus que par leurs divergences », puis il glissa quelques mots à ‘Ali qui nous dit ensuite : « L’Envoyé d’Allah, vous ordonne de réciter comme vous l’avez appris ».
‘Umar ibn Al Khattab a dit : «Du vivant de l’Envoyé d’Allah , j’ai entendu Hichâm ibn Hakim réciter la sourate Al Furqân. Or en écoutant sa récitation je m’aperçus qu’il récitait selon de nombreux « harfs » que l’Envoyé ne m’avait jamais fait réciter. J’étais prêt à le saisir en pleine prière mais j’attendis qu’il eut dit les salutations finales puis je l’empoignai au manteau et lui demandai qui lui avait fait réciter cette sourate que je venais d’entendre. Il me répondit : « L’Envoyé d’Allah », « Tu mens, lui répliquai-je, c’est le Prophète lui-même qui me fit réciter cette sourate que je viens de t’entendre réciter ».
Je le conduisis alors auprès du Prophète et lui dis : « O Envoyé d’Allah, je viens d’entendre celui-là réciter la Sourate Al Furqan selon des « harfs » que tu ne m’as jamais récités, or c’est toi-même qui m’a appris cette sourate ».
« Lâche-le, ô ‘Umar et toi Hichâm, récite! » dit le Prophète . Il récita alors comme je l’avais entendu auparavant et le Prophète dit ensuite «C’est ainsi qu’est descendue cette sourate ». Puis il me dit également de réciter et je lui récitais la Sourate comme il me l’avait apprise et [lorsque j'eus terminé] il dit encore
« C’est ainsi qu’est descendue cette sourate. En fait, ce Qur’an est descendu selon sept harfs »; récitez ce qui vous en est facile ».
‘Alqama An-Nakh’î a dit : «Lorsque Ibn Mas’oud quitta Koufa, ses compagnons se réunirent auprès de lui; il leur fit ses adieux et leur dit : «Ne vous disputez pas à propos du Qur’an. En vérité, il ne risque ni la contradiction, ni la ruine, ni la modification, même à le réciter souvent.
La « shari’ah » (Loi révélée) de l’Islam, sa loi pénale, ses obligations sacrées s’y trouvent mentionnées sous une seule forme [sans ambiguïté]. Si quelque chose est mentionné dans un « harf » sous forme d’interdiction et se trouve dans une autre « harf » sous forme d’ordre il y a là différence » [ponctuelle] mais l’ensemble des deux textes pris dans leur totalité ne comporte pas de contradiction sur la loi pénale, les obligations ou quoi que ce soit touchant aux institutions sacrées de l’Islâm.
Je me souviens que nous nous étions disputés au sujet du Qur’an auprès de l’Envoyé . Il nous ordonna alors de réciter devant lui et jugea que chacun d’entre nous avait été parfaitement exact.
Lorsque j’apprends que quelqu’un est plus savant que moi au sujet de ce qu’Allah fit descendre sur Son Envoyé , je cherche à le rencontrer pour ajouter sa science à la mienne.
J’ai appris soixante-dix sourates de la bouche même de l’Envoyé d’Allah et je savais que le Qur’an était récité intégralement devant lui [par des Compagnons chargés de l'apprendre par coeur et de le lui réciter] chaque année et ce jusqu’à l’année où il fut ravi à ce monde car cette année-là, le Qur’an fut récité deux fois devant lui. Lorsque cela fut terminé, je récitai moi-même devant lui et il jugea ma lecture parfaitement exacte.
Celui qui récite comme je le fais, qu’il ne délaisse pas cette récitation pour une autre et que celui qui récite selon un de ces (autres) « harfs » qu’il ne délaisse pas ce qu’il en a adopté car celui qui nie un verset les nie tous».
De la Révélation des sept « harfs »
Ubay ibn Ka’b a dit: «Je me trouvais dans la mosquée (de Médine) lorsqu’un homme y entra et pria en récitant selon un mode que j’ignorais. Puis quelqu’un d’autre entra et récita d’une façon différente. Nous nous rendîmes alors ensemble auprès de l’Envoyé d’Allah et je lui dis : «ô Envoyé d’Allah, cet homme a récité selon un mode que j’ignore et cet autre a récité d’une façon différente de celle de son compagnon ».
Chacun d’eux récita alors devant le Prophète qui jugea que chacune des récitations était exacte. Mon âme fut alors en proie à un doute comme au temps où j’étais dans la Jâhiliyya. Lorsque l’Envoyé vit le trouble qui m’assaillait, il frappa ma poitrine et je me mis aussitôt à transpirer comme si je regardais vers Allah avec une extrême timidité. Le Prophète me dit alors : « ô Ubay! Un Ange m’a été envoyé pour me transmettre [de la part d'Allah] ces Paroles : Récite le Qur’an selon un mode (harf). Je lui répondis : Facilite les choses à ma Communauté!
Il revint une seconde fois et me transmit : « Récite le Coran selon un « harf »! » Je lui répondis une seconde fois: « Facilite les choses à ma Communauté! » La troisième fois qu’il revint, il me transmit [de la part d'Allah] : « Récite le Coran selon sept modes (« harf »). Pour chacune de Mes paroles transmises (au cours des trois venues successives de l’Ange) tu peux M’adresser une demande. » « O Seigneur! Pardonne à ma Communauté! Dis-je. « O Seigneur! Pardonne à ma Communauté! Dis-je une seconde fois. » Quant à la troisième demande, je la différai pour le Jour où toutes les créatures même Ibrâhim (‘Alayhi Salam) souhaiteront bénéficier de mon intercession ».
Ibn Dinâr rapporte que le Prophète a dit : « Le Qur’an est descendu selon sept « harf » qui sont chacun « remède suffisant ». »
Abou Hurayra rapporte que le Prophète a dit : «En vérité, ce Qur’an a été descendu selon sept « modes de formulation » (harf) récitez-le et il n’y a pas de mal [à choisir tel ou tel" harf"], mais là où est mentionnée la miséricorde ne dites pas « châtiment » et là où est mentionné le châtiment ne dites pas « miséricorde » ».
De la nature des sept « harfs » et de leur correspondance avec sept parlers arabes
Il est établi qu’il y a bien plus de sept différents parlers arabes et qu’il serait d’ailleurs difficile de les dénombrer. Les sept idiomes qui correspondent aux sept « harfs » ne constituent donc qu’une partie de cet ensemble linguistique.
Première objection concernant la signification du mot « harf’
Tout d’abord, si nous affirmons que les sept « modes de la Révélation » correspondent à ces sept idiomes, que répondre à celui qui est d’un avis différent quant à la signification à donner aux sept ‘harf’ et qui nous dirait : « Ces sept « harfs » correspondent à sept thèmes différents du Qur’an : ordre (divin), interdit, incitation à suivre (la voie du bien) ou à s’écarter (des choses blâmables), récits, paraboles… ».
Première réponse:
Or, il y eut, en effet, parmi nos pieux prédécesseurs, certains qui dirent que le Qur’an a été descendu selon sept « harfs » en voulant signifier qu’il avait été révélé selon sept aspects (wajh) comme ceux que nous venons de mentionner car le mot « harf » a également le sens d’aspect ». Mais ceux qui dirent cela ne cherchaient pas à expliquer dans ce sens les hadiths précis du Prophète où il est dit que le Qur’an a été descendu selon sept « harfs » car cela serait en contradiction avec les hadiths mentionnés précédemment, et rapportés par Umar ibn Al Khattab, Ibn Mas’oud et Ubay ibn Ka’b (Qu’Allah soit satisfait d’eux). Tout en employant les mêmes termes mais sans vouloir se référer à ces hadiths ils voulaient dire que le Qur’an avait « sept aspects » (wajh) et ils se fondaient peut-être sur un autre hadith entendu par Isma’ïl ibn Abi Khalid et où le Prophète dit : « J’ai reçu l’ordre de réciter le Qur’an selon sept « harfs » à partir de sept Portes du Paradis».
Ces « sept harfs » correspondent aux sept idiomes dont il a été question plus haut; quant aux sept Portes elles correspondent aux sept significations qui y sont contenues : ordre, interdit, etc.., et celui qui met ces significations en pratique jusqu’au terme de ce qu’elles exigent, entre nécessairement au Paradis [par la Porte correspondante].
Il n’y a donc pas de contradiction entre les propos de ceux qui nous ont précédé et ce que nous avons dit nous-mêmes. 
Deuxième réponse:
D’ailleurs les Compagnons mentionnés dans les hadiths précédents étaient en désaccord sur la récitation proprement dite des passages et non sur leurs significations car le Prophète n’aurait pas confirmé la validité de chacune de leur récitation s’il y avait eu divergence sur le sens et si l’un avait récité un passage déclarant une chose licite et que l’autre l’eût récité en sorte que la même chose fût déclarée illicite. 
Troisième réponse:
Une preuve supplémentaire de la validité de ce que nous disions est le hadith suivant qui nous est rapporté par Abou Kurayb … ‘Abd Ar Rahman ibn Abi Bukra a entendu son père Abou Bukra (qu’Allkah soit satisfait de lui) dire: Le Prophète a dit: «L’Ange Jibrîl me dit [en présence de l'Ange Mikâ'il: « Récite le Coran selon un "harf" »!
L'Ange Mikâ'il dit alors à Jibril: « Demande un surcroît en sa faveur! » Il [demanda, et après avoir reçu une réponse] me dit: « Récite selon deux « harfs ». » Il en fut ainsi jusqu’à ce qu’il me fut dit de réciter selon sept « harfs » qui sont chacun remède et suffisance (…) et qui diffèrent comme lorsque l’on dit « hallouma » (viens) au lieu de « ta’âla» (viens). »
Ce hadith montre à l’évidence que la différence des « harfs » porte sur les mots et non sur les significations, et les mots différents d’un « harf » à l’autre sont en réalité synonymes et en tout cas leurs différences n’entraînent aucun changement de statut. 
Quatrième réponse:
Ibn Mas’ou a dit : « Celui qui récite le Qur’an selon un ‘harf’ qu’il ne s’en détourne pas pour un autre ».
Il est bien évident que si le ‘harf’ était un aspect du Qur’an, tel 1″ordre » ou 1″interdit », les « menaces » ou les « promesses » divines, les « récits » ou les « paraboles » il n’eut pas été possible qu’Ibn Mas’oud incitât à se contenter d’un de ces aspects en ignorant les autres, car celui qui renie une partie du Livre, en renie la totalité.
Ce que Ibn Mas’oud veut dire c’est que celui qui lit par exemple selon le « harf » de Zayd ou selon celui d’Ubay ou d’un autre Compagnon ne doit pas abandonner ce mode de récitation car il s’agit toujours du Qur’an; rappelons d’ailleurs que le mot « harf » signifie également « récitation » (qira-a).
Cinquième réponse:
De ceux qui connaissaient plusieurs « harfs ».
Ibn Humayd ar-Râzî nous a rapporté que « Mujâhid récitait le Qur’an selon cinq « harfs », que Sa’id ibn Jubayr le récitait selon deux « harfs », et que Yazîd ibn Al Walîd pouvait le réciter selon trois ».
Par conséquent, si chaque ‘harf’ correspond à un aspect précis, chacun d’eux n’aurait récité toute sa vie que les passages du Qur’an qui correspondent aux aspects de son « harf ». Or ceci est impossible car ces personnages étaient éminemment savants au sujet du Qur’an. 
Deuxième objection 
Y a-t-il encore des traces des « sept harfs »?
Abû Ja’far At Tabari a dit : « Quelqu’un nous dira peut-être : « Si la parole du Prophète disant que le Qur’an a été descendu selon sept « harfs », doit se comprendre comme tu l’as dit, montre nous donc un passage coranique où un mot est lu selon sept idiomes et nous te donnerons raison sinon il faudra donner raison à ceux qui disent que les sept « harfs » correspondent aux sept aspects à moins que tu ne prétendes que ces sept « harfs » sont disséminés dans le Qur’an et ne concernent pas le même passage ».
Première réponse:
Tout d’abord, ce dernier avis est erroné car si les sept « harfs » correspondant aux sept idiomes étaient disséminés à des endroits différents du Qur’an et ne concernaient jamais le même passage, cela contredirait les traditions rapportées par ‘Umar ibn Al Khattâb, Ibn Mas’oud et Ubay ibn Ka’b et on ne verrait vraiment pas pourquoi il pouvait y avoir désaccord entre les Compagnons sur un même passage. 
Deuxième réponse:
Quant au premier avis, qui consiste à dire qu’il y a des passages du Qur’an qui ont sept « modes de formulation » (harf) différents c’est-à-dire sept lectures différentes correspondant à sept idiomes arabes différents, c’est effectivement notre avis: les sept « harfs » sont sept « parlers » (loughât) portant sur un même mot ou une même particule rendu par sept termes différents mais concordants quant à leur sens comme les mots «haloumma, aqbil, ta’âla, ilayya, qaçdî, nahwî, qurbî » [Ces mots signifient tous "viens"].
Mais lorsqu’on nous demande de montrer les endroits où ces sept lectures existent, nous répondons ceci : nous ne prétendons nullement que ces sept formulations, selon les sept idiomes, existent encore actuellement mais nous disions simplement que c’est là le sens des paroles du Prophète  : « Le Qur’an a été descendu selon sept « harfs »» dans les différents hadiths rapportés précédemment. 
Troisième objection
Que sont devenus les « harfs »
On nous rétorquera peut-être ceci : mais qu’est-il advenu des six « harfs » qui ne sont pas ceux que nous pouvons actuellement trouver dans les recueils que nous possédons? Si les choses sont telles que vous dites, si le Prophète lui-même faisait réciter ces « harfs » à ses Compagnons et surtout, si ce fut Allah qui fit descendre ces « harfs », sur lui que sont devenus ces « modes de formulation »? Ont-ils été abrogés et enlevés au Ciel? Dans ce cas, y a-t-il quelque preuve de cette abrogation et de cette élévation? Ou encore est-ce la Communauté (Al Oumma) qui les aurait oubliés, ce qui signifierait qu’elle eût laissé se perdre une chose qu’elle était tenue de conserver.
En réalité, la question ne doit pas être posée de cette façon ! Il n’y a pas eu d’abrogation et de retrait au Ciel ni de négligence de la part de la Communauté. Celle-ci a reçu l’ordre de conserver le Qur’an et il lui a été donné la possibilité de choisir entre les sept « harfs » celui ou ceux qu’elle voulait réciter et conserver.
Cette possibilité offerte à la Communauté de choisir entre plusieurs  » harfs » est comparable à la possibilité offerte à celui qui transgresse un serment de choisir entre plusieurs modes d’expiation : affranchir un esclave, nourrir des pauvres ou encore leur procurer des vêtements. Le mode qu’il choisira sera suffisant pour que l’expiation soit effective c’est-à-dire pour qu’il se soit acquitté de l’obligation imposée par Allah dans ce cas sans qu’il ait à se préoccuper des autres possibilités.
De même, la « Oumma » avait reçu l’ordre de conserver le Qur’an et de le réciter avec cette possibilité de choix. Toutefois, une certaine raison précise lui imposa de ne s’en tenir qu’à un seul « harf! »‘ et elle en choisit effectivement un seul en se refusant à réciter selon les six autres [Ce qui se produisit au niveau de la Communauté tout entière s'était d'abord produit pour chaque "récitateur" car] il était bien difficile pour un seul d’entre eux de se souvenir parfaitement de plusieurs harfs à la fois.
Mais quelle était cette cause qui obligea la communauté à s’en tenir à un seul « harf »?

Les mots du Qur'an d'apparence étrangère

Des mots employés avec le même sens en arabe et dans d’autres langues
Première objection
Abou Ja’far At-Tabari a dit :
Quelqu’un nous interrogera peut-être et nous dira : tu viens d’affirmer qu’il n’est pas possible qu’Allah s’adresse à un être créé autrement que par ce qu’il comprend, ni qu’Il lui envoie un « Message » dans une langue différente de celle qu’il connaît. Or que dis-tu des propos suivants? :
• De celui que vous a rapporté Muhammad Ibn Humayd Ar-Râzî qui a dit : Hukkâm ibn Silm nous a rapporté de la part de Anbasa qui l’a entendu de Abou Ishaq qui l’a entendu de Abou Al-Ahwas qui l’a entendu de Abou Moussa qui a dit :« [Dans le passage coranique] « yu’tikum kiflayni min rahmati-Hi » (Sourate 57, 28).
Le mot « kiflayn » signifie la double récompense en abyssin. 
• De celui que vous a rapporté Ibn Humayd qui a dit: Hukkâm nous a rapporté de la part de Anbasa qui l’a entendu de Abou Ishaq qui l’a entendu de Sa’îd ibn Jubayr qui l’a entendu de Ibn Abbâs qui a dit: « [A propos du passage coranique] « Inna nâchi-ata_llayli » (Sourate 73,6).
En abyssin « il se lève la nuit » se dit « nacha-a » ».
• De celui que vous a rapporté Ibn Humayd qui a dit: Hukkâm nous a rapporté de la part de Anbasa qui l’a entendu de Abou Ishaq qui l’a entendu de Abou Maysara qui a dit : « [A propos du passage coranique] « yâ jibâlu awwibî ma’a_Hu » (Sourate 34, 10).
Le mot « awwibî » signifie « glorifiez » en abyssin ».
Abou Ja’far At-Tabari dit ceci toutes les fois qu’il est dit : « Il vous a rapporté » cela voudra dire en fait « on nous a rapporté » puisque At-Tabari est inclus dans la chaîne de transmission. 
• De celui que vous a rapporté Muhammad ibn Khâlid ibn Khaddâch Al-Azdî, qui a dit : Silm (ou Sullam) ibn Qutayba nous a rapporté de la part de Hammâd ibn Salma qui l’a entendu de ‘Ali ibn Zayd qui l’a entendu de Yusûf ibn Mahrân qui l’a entendu de Ibn ‘Abbâs qui, interrogé au sujet du passage coranique « Farrat min qaswara » (Sourate 74, 51) a dit : « Al Qaswara est appelé en arabe « Al asad » (le lion), en persan « shâr », en nabathéen « ariyâ » et en abyssin « qaswara » ».
• De celui que vous a rapporté Ibn Humayd qui a dit: Ya’qûb Al Qimmi nous a rapporté de la part de Ja’far ibn Abî Mughîra qui l’a entendu de Sa’îd ibn Jubayr qui a dit : « Les Quraych ont dit : « Pourquoi ce Qur’an n’a-t-il pas été descendu en langue étrangère et en langue arabe?» C’est alors qu’Allah fit descendre le verset suivant : « Ils disent (les Quraych) : Pourquoi ces versets n’ont-ils pas été révélés (à la fois) en langue étrangère et en arabe? Dis : pour ceux qui croient, il est « Guidance » et Guérison (…) » (Sourate 41, 44).
• De celui que vous a rapporté Muhammad ibn Bachchâr qui a dit : « ’Abd er Rahman ibn Mahdî nous a rapporté de la part de Isra’îl qui l’a entendu de Abou Ishaq qui l’a entendu de Abou Maysara : «Dans le Qur’an, il y a [des correspondants] de toutes les langues ».
• Ainsi que d’autres mots qui indiquent qu’il y a dans le Qur’an des termes qui appartiennent aussi à des langues différentes de la langue arabe. 
Réponse:
A celui qui nous a posé cette question on répondra ceci :
« Les propos rapportés ci-dessus ne contredisent pas l’esprit de ce que nous disions
[À savoir, que la Révélation doit être formulée dans la langue du peuple auquel elle a été destinée]. En effet, ceux qui ont tenu ces propos n’ont pas dit que ces mots ou, les mots semblables, ne faisaient pas partie de la langue des Arabes; ils n’ont pas dit non plus que ces mots en faisaient partie avant la « descente » du Qur’an, car s’ils avaient dit cela, leurs propos auraient été en contradiction avec le nôtre.
Ils voulaient seulement dire que tel mot signifie telle chose en abyssin et que tel autre mot a tel sens en persan sans ignorer qu’il y a des termes sur lesquels s’accordent plusieurs peuples aux langues différentes en leur attribuant un même sens.
Ainsi l’arabe et le persan ont de nombreux mots en commun : dirhem, dinâr, dawât (encrier), qalam (plume à écrire), et bien d’autres encore qu’il serait fastidieux d’énumérer. 
Deuxième objection
Si, au sujet des termes que nous avons mentionnés et dont nous disions qu’ils étaient communs à l’arabe et au persan — ou à une autre langue on nous dit que tous ces mots sont persans et non arabes, ou bien qu’ils sont tous arabes et non persans, ou qu’ils sont en partie arabe et en partie persan, ou encore, qu’ils étaient initialement arabes puis qu’ils furent introduits en Perse et intégrés au Persan, ou enfin, à l’inverse, qu’ils étaient initialement persans puis qu’ils furent introduits en Arabie et arabisés, nous considérerons ces propos comme un signe d’ignorance. 
Réponse:
En effet, les Arabes n’ont pas plus de justifications à avancer pour prétendre que ces termes sont arabes que les Persans n’en ont pour prétendre qu’ils sont persans. Celui qui prétendrait que ce terme s’origine dans l’une des langues et non dans l’autre affirmerait une chose dont la validité ne pourrait être fondée que sur une donnée traditionnelle qui exige la Science [véritable de ces choses] et qui met un terme définitif au doute [sur cette question]. 
Conclusion:
Pour nous, le plus juste sur ce point est de dire que ces mots sont à la fois arabes et persans, ou arabes et abyssins si chaque peuple les emploie selon l’esprit et le parler de sa propre langue. 
Il n’est donc pas permis à quelqu’un qui a une nature saine, qui reconnaît la véracité du Livre d’Allah et le récite, et qui connaît les limites instituées par Allah de croire qu’une partie du Qur’an est persane et non arabe, une autre nabatéenne et non arabe et une autre abyssine et non arabe alors qu’Allah a dit, parlant Lui-même de Son Livre : « En vérité, Nous en avons fait un Qur’an arabe…» (Sourate 43,3). 
Les mots du Qur’an qui sont employés également dans d’autres langues avec le même sens et pouvant être, sous le rapport de leur emploi dans ces langues, également rattachés à ces dernières, sont donc aussi entièrement arabes. D’où l’erreur de celui qui se fonde sur le propos rapporté plus haut, à savoir que « dans le Qur’an, il y a [des correspondants] de toutes les langues» pour dire qu’on y trouve des mots non arabes qu’il n’est pas possible de rattacher à la langue arabe.
Quant à celui qui prétend qu’un mot semblable à ceux cités plus haut, était originellement étranger puis qu’il fut adopté par les Arabes et arabisé, nous pourrions lui demander des preuves de la validité de son affirmation et lui objecter que le contraire pourrait également être envisagé.

Les quatre aspects du commentaire

Allah, a dit à Son Prophète : « Nous avons fait descendre l’Invocation [le Qur'an] vers toi pour que tu expliques clairement aux gens ce qui a été descendu vers eux ; peut-être réfléchiront-ils » (Qur’an 16,44).
« Nous n’avons descendu le Livre sur toi que pour que tu leur expliques claire­ment ce en quoi ils se sont contredits et [afin que ce Livre soit] Guidance et Misé­ricorde pour un peuple croyant » (Qur’an. 16,64).
« [O Muhammad !] C’est Lui [Allah] qui a fait descendre sur toi le Livre qui contient des versets « fixés » [aux commentaires évidents] constituant l’essentiel du Livre et d’autres qui sont « équivoques » [susceptibles d'interprétations ambi­guës] ; quant à ceux qui ont une déviation dans le cœur, ils suivent ce qui en est « équivoque » par recherche de la subversion et par recherche de son « interpré­tation  » (ta’wîl).
Or n’en connaît son  » interprétation  » qu’Allah ; et ceux qui sont fermes en Science disent :  » Nous y croyons ! Tout vient de chez notre Seigneur ! « . [Mais] ne se remémorent que les hommes doués d’intelligence » (Qur’an. 3,7).
Le commentaire fondé sur les explications du Prophète
Le Qur’an contient des passages dont on ne peut saisir la signification que grâce aux explications de l’Envoyé d’Allah : ce sont les passages où sont formulés les différents ordres divins, l’obligatoire, le recommandé et l’orientation spirituelle, ainsi que les divers interdits, les droits [d'Allah et des créatures], les limites [à ne pas transgresser], la portée des obligations, les normes à respecter dans les relations humaines et tant d’autres statuts dont seul l’Envoyé peut nous expliquer la nature et la signification. Il n’est pas permis de parler de ces passages sans fonder ce que l’on en dit sur les explications et les éclaircissements que le Prophète lui-même a donnés sur ces questions. 
Les passages coraniques dont Allah, Seul connaît le commentaire
Le Qur’an contient également des passages dont seul Allah, l’Unique, possède la science : ce sont les passages qui concernent les époques à venir, les temps ultimes, l’Heure Dernière, le moment où l’on  » soufflera dans le Cor » de la Fin des temps et où ‘Issâ (Jésus) redescendra (du Ciel). Le Prophète lui-même ne pouvait pas dire à quel moment aura lieu tel ou tel événement de cet ordre car Allah Seul en a la science comme Il le lui a dit dans ce verset : « Ils t’interrogent au sujet de l’Heure (dernière), quand surviendra-t-elle? Dis : La science de l’Heure est auprès de mon Seigneur. Lui seul, la manifestera en son temps!… » (Qur’an. 7,187). La seule chose que le Prophète pouvait indiquer à ceux qui l’interrogeaient à ce sujet, c’était certaines des conditions dans lesquelles se produiront ces événements. 
Les passages coraniques compréhensibles pour quiconque connaît la langue arabe
Le Qur’an contient également une partie compréhensible pour quiconque est versé dans la science de la langue arabe. Par exemple dans le verset « Lorsqu’il leur est dit de ne pas corrompre (là tufsidû) la Terre ils répondent : « Nous ne sommes que des conciliateurs ! (muclihûn)  » (Qur’an. 2,11).
Les notions d’ »ifsâd » (de corruption) et d’ »içlâh » (réforme, amélioration) sont claires pour quiconque connaît la langue arabe même s’il ignore par ailleurs à quoi Allah, veut les appliquer et il en est encore de même pour les autres notions premières attachées aux mots utilisés dans le Qur’an à moins que le Qur’an ou le Prophète n’aient utilisé un mot ou une expression dans un sens différent de son sens commun en arabe auquel cas il n’est pas permis de ne pas tenir compte de cette acceptation particu­lière… Ibn ‘Abbâs a dit à ce sujet : « Le commentaire du Qur’an (at-tafsîr) a quatre aspects : l’aspect connu par ceux qui ont la science de la langue arabe ; l’aspect qu’il n’est permis à personne d’ignorer ; l’aspect connu des seuls Savants et l’aspect que nul ne connaît honnis Allah ».
Le Prophète lui-même a dit: « Le Qur’an est descendu selon quatre aspects : le licite et l’illicite qu’il n’est permis à personne d’ignorer ; ce qui peut être expliqué par les Arabes ; ce qui peut l’être par des Savants et enfin les versets complexes (aux interprétations analogiques) que nul ne connaît hormis Allah et, celui qui, en dehors de Lui, prétendrait en possé­der la science serait un menteur ». 
Caractère blâmable du commentaire selon le point de vue individuel
Le Prophète a d’ailleurs mis en garde contre des interprétations du Qur’ran en fonction du point de vue individuel (ra’y). …Ibn ‘Abbâs rapporte que le Prophète a dit : « Celui qui parle du Qur’an en fonction de son point de vue (individuel) qu’il se prépare un siège dans le Feu ».
Abou Bakr Aç-Çiddîq a dit : « Quelle terre me portera et quel ciel m’abritera si, à propos du Qur’an, je dis des choses que j’ignore?».
Ces données traditionnelles confirment ce que nous disions à savoir qu’il n’est permis à personne d’interpréter selon son propre point de vue (individuel) les ver­sets coraniques dont l’interprétation (véritable) ne peut être connue que grâce aux explications du Prophète lui-même. Celui qui donnerait de telles interprétations serait dans l’erreur quand bien même ce qu’il dirait serait juste en soi, car dans ce cas la justesse de son interprétation serait le résultat accidentel de la conjecture et de la supposition au lieu d’être fondée sur une certitude et une science véritable. Dans ce cas, il parlerait de la « Religion » d’Allah (Dînou Allah) par conjecture et dirait à propos d’Allah, des choses qu’en réalité il ne connaît pas, ce qu’Allah a interdit à Ses serviteurs : (O Mubammad) « Dis : Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes, ce qui en apparaît et ce qui en est caché, le crime, la violence injuste, le fait d’associer à Allah ce qu’Allah n’a accompagné d’aucune autorité et [enfin] de dire au sujet d’Allah ce que l’on ne connaît pas » (Qur’an. 7,33).
Ibn Mas’ûd a dit : « Lorsque l’un d’entre nous avait appris une dizaine de versets il n’allait pas plus loin tant qu’il n’en connaissait pas les significations et ne les avait pas mises en œuvre ».
Abou ‘Abd Ar-Rahmân a dit : « Ceux qui nous ont enseigné la récitation du Qur’an nous disaient qu’ils demandaient au Prophète de le leur réciter et chaque fois qu’ils avaient appris une dizaine de versets ils mettaient d’abord en pratique les enseignements qui s’y trouvent avant de continuer d’apprendre. Ainsi, disaient-ils, nous apprenions à la fois le Qur’an et sa mise en œuvre ».
Ibn Mas’ûd a dit : « Par Celui qui est l’Unique Divinité, aucun verset du Livre d’Allah n’a été descendu sans que je sache à quel sujet et où il a été descendu. Et si je savais qu’en un lieu éloigné, il y a quelqu’un de plus savant que moi au sujet du Livre d’Allah, je me rendrais sans faute chez lui même s’il fallait chevaucher longtemps ».
Chaqîq ibn Salma a dit : « Lors du Pèlerinage, Ibn ‘Abbâs récitait la sourate de « la Lumière » devant les pèlerins puis il en faisait le commentaire ». …et il a dit encore : « Ibn ‘Abbâs récita un jour la sourate de « la Génisse » puis la commenta de telle façon que quelqu’un parmi l’assistance dit : si un prince chrétien avait entendu ce commentaire il serait entré en Islam ».
Sa’îd ibn Jubayr a dit : « Celui qui récite le Qur’an et n’en fait aucun commentaire est comme un aveugle ou un bédouin ! ».
Allah, Puissant et Majestueux, Lui-même, a incité Ses serviteurs à pénétrer la signification des versets coraniques lorsqu’il a dit à Son Prophète : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi pour que les gens méditent les versets et que ceux qui sont doués d’intelligence en tirent une édification » (Qur’an. 38, 29).
« Nous proposons dans ce Qur’an toutes sortes de paraboles aux hommes peut-être en tireront-ils une édification » (Qur’an. 39,27).
Or si les serviteurs doivent méditer les versets et en tirer une édification cela implique qu’ils doivent les comprendre. Or, pour les comprendre il faut connaître les commentaires ainsi que la langue dans laquelle le Qur’an a été formulé ; ces versets impliquent une incitation, sinon un ordre, à étudier le « ta’wîl » d’une part et la langue arabe d’autre part, car Allah, n’ordonne pas à Son serviteur de méditer ou de mettre en pratique un ordre qu’il n’aurait pas compris.
On voit par là combien est erronée l’opinion de ceux qui prétendent que la connaissance des commentaires serait superflue et cela d’autant plus qu’une partie du Qur’an ne peut être comprise que grâce aux commentaires que le Prophète a lui-même donnés à ses Compagnons d’après la science qui lui venait  » d’auprès  » d’Allah par l’intermédiaire de l’Ange Gabriel . Il y a ainsi dans les versets coraniques des sagesses que nul ne pourrait connaître sans ces explications et que le Prophète lui-même n’aurait pu connaître sans l’enseignement divin qu’il reçut.
Quant aux versets coraniques dont Allah s’est « réservé » la science, aucun Ange et aucun Envoyé n’en connaît l’interprétation qui reste l’apanage divin : ainsi, par exemple, au sujet des versets concernant l’Heure dernière, Allah seul sait quand elle surviendra.
 
Les premiers commentateurs du Qur’an
Parmi les premiers commentateurs du Qur’an, celui dont la science est incon­testée fut Ibn ‘Abbâs :
‘Abd Allah ibn Mas’ûd a dit : « Le meilleur interprète du Qur’an fut Ibn ‘Abbâs ». … Moujâhid a dit : « J’ai récité trois fois le Qur’an, du début à la fin, devant Ibn ‘Abbâs en m’arrêtant à chaque verset pour lui demander des explications ». C’est pourquoi Sufiân Ath_Thawri a dit au sujet de Moujâhid : « Si une explication te parvient de la part de Moujâhid elle te suffira ».
Abd al Malik ibn Maysara a dit : « Ad-Dahhâk n’a jamais rencontré Ibn ‘Abbâs mais il a rencontré Sa’îd ibn Jubayr [qui avait connu Ibn 'Abbâs] à Ray et c’est de lui qu’il « a pris » la science du tafsîr ».
Abou Kurayb nous a rapporté : …« Ach-Cha’bî passa un jour devant Abou Çâlih Bâdhân qu’il saisit à l’oreille et secoua en lui disant : tu expliques le Qur’an alors que tu ne le récites même pas ! ».
Le même Ach-Cha’bî passa un jour auprès d’As-Souddî [l'un des commenta­teurs les plus contestés] qui était en train de commenter certains passages coraniques et lui dit : « II vaudrait mieux pour toi jouer du tambour à la porte de ta maison que de tenir de tels propos ! ».
En fonction de ce qui a été dit plus haut sur les trois aspects du tafsîr, l’aspect connu d’Allah seul, l’aspect connu du Prophète et transmis à la Communauté et enfin l’aspect connu de quiconque est versé dans la science de la langue arabe, le commen­taire le plus pertinent et le plus vrai est nécessairement celui qui se fonde à la fois sur la science des explications données par le Prophète (avec la connaissance du degré d’authenticité des hadîths transmis) et sur la connaissance de la langue arabe. 
Chapitre : D’une façon générale, on peut dire que la Révélation et la Sunna du Prophète ont donné ou rendu à la langue arabe, une dimension conceptuelle (principalement dans les domaines : métaphysique, théologique, juridique dévotionnel et moral) qui était presque totalement ignorée ou perdue de vue dans la Jâhiliyya.
L’En­voyé d’Allah a dit : « Les Savants [ayant une connaissance véritable de la science traditionnelle musulmane] sont les Héritiers des Prophètes. C’est pourquoi l’aspect connu des Savants corres­pond à l’aspect connu du Prophète lui-même et que celui-ci a transmis à ses Compagnons.

Les quatre noms du Qur'an

Abou Ja’far At_Tabarî a dit. :
Allah, a donné quatre noms à la Révélation qu’il fit descendre sur Son Prophète Muhammad
- Al-Qur’ân (Le Coran) mentionné dans le verset suivant : — «… Nous t’avons révélé [à toi Muhammad] ce Qur’ân… » (Qur’an. 12,3).
- Al-Furqân (la Discrimination) mentionné dans le verset « Béni soit Celui qui fit descendre le Furqân sur son Serviteur » (Qur’an. 25,1).
- Al-Kitâb (le Livre) : « Louange à Celui qui fit descendre le Livre (aLKitâb) sur Son Serviteur… » (Qur’an. 18,1).
Adh-Dhikr (l’Invocation) mentionné dans le verset : « C’est Nous qui avons [progressivement] fait descendre l’Invocation (adh-Dhikr) et c’est Nous qui en sommes les Préservateurs » [Qur'an. 15,9]!
Chacun de ces quatre noms a une signification et un  » aspect » propre.
Signification du nom « Qur’ân »
[Avis de Ibn 'Abbâs] Les commentateurs divergent quant à son étymologie. Il est toutefois nécessaire de fonder celle-ci d’une part sur l’avis de Ibn ‘Abbâs qui donne à ce mot le sens de « psalmodie » (tilâwa) et de « récitation » (qirâ’a) et d’autre part sur le fait (linguistique) que ce mot est un nom d’action (macdâr) du verbe « qara’a » pris dans le sens de « réciter » de même que les mots ghufrân ou furqân sont des noms d’action des verbes  » ghafara » et  » faraqa ».
En effet, [au sujet du verset « Lorsque Nous [Allah] le récitons, suis son « qur’ân » », Ibn ‘Abbâs a dit : « Lorsque Nous le récitons, c’est-à-dire, lorsque Nous le rendons évident, « suis son qur’ân », c’est-à-dire mets-le en œuvre ».
Ibn ‘Abbâs veut dire : « Lorsque Nous l’avons rendu évident par la
récitation mets en œuvre ce que Nous t’avons ainsi rendu évident par cette
récitation ».
Abou Ja’far at-Tabarî ajoute : ce khabar de Ibn ‘Abbâs est authentique : pour lui le sens du mot « qur’ân » est bien celui de récitation selon la dérivation que nous avons dite. 
[Avis de Qatâda] Mais si nous nous fondons sur l’avis de Qatâda il faudra considérer que ce mot est un maçdar du verbe  » qara’a » mais pris, cette fois-ci, dans le sens de réunir, joindre une partie à une autre.
En commentant le verset « En vérité, Il Nous appartient de le réunir (ce Livre) et de faire son  » qur’ân » ». Qatâda dit que ce verset signifie : «… Il Nous appartient de le préserver et de le composer » et dans le verset suivant : « Lorsque Nous le « composons », suis son « qur’ân » ». Suivre son « qur’ân » signifie suivre [sa compo­sition] c’est-à-dire suivre ce qui y est déclaré licite et s’écarter de ce qui y est déclaré illicite [après que les versets sur ces questions eussent été " réunis "].
Abou Ja’far At-Tabarî a dit : chacun de ces deux avis, celui d’Ibn ‘Abbâs et celui de Qatâda, ont un aspect exact du point de vue de la langue arabe sauf que l’avis de Ibn ‘Abbâs est meilleur. Car Allah, a ordonné à Son Prophète maintes fois et dans de nombreux versets, de suivre ce qui lui était révélé sans jamais lui laisser entendre qu’il pouvait en laisser une partie jusqu’au moment où le passage dans lequel le verset devait être placé serait entièrement révélé.
[Réponse à une objection] : Si quelqu’un nous demande : pourquoi le mot qur’ân a le sens de « qirâ’a » « récitation » (c’est-à-dire « acte de réciter ») alors qu’en réalité il est récité (c’est lui qui est l’objet de la récitation) nous répondrons ceci : la chose récitée ou lue est appelée par le nom de l’acte de réciter ou lire, comme par ailleurs il arrive en arabe de donner à la chose écrite, (le maktûb) le nom donné à l’acte d’écrire (kitâb). 
Significations du nom « Furqân »
‘Ikrima a dit que le  » Furqân  » c’est le Salut (an-najâ).
Ibn ‘Abbâs a dit que le « Furqân » c’est l’ »issue » (makhraj).
A propos de l’expression coranique « Jour du Furqân » (Qur’an 8, 41), Moujâhid dit que c’est le Jour ou Allah « sépare » (farraqa) le Vrai du faux.
Bien que ces commentaires soient formulés avec des mots différents ils sont proches quant à leur sens : en effet, « l’issue », ou la « sortie  » d’une situation est le « salut » par rapport à celle-ci. Or lorsque quelqu’un sort d’une difficulté périlleuse [où il eut à affronter des hommes injustes] c’est qu’il l’emporte sur eux et donc il met une distance entre lui et eux. [C'est-à-dire qu'il se "sépare" d'eux] (…)
Pour nous la racine de Furqân est « al-farq », la séparation entre deux choses et leur distinction. Le Qur’an a été nommé « Furqân » car il opère la discrimination entre le vrai et le faux par les arguments qu’il avance, par les « limites normatives » qu’il définit, par les « obligations » qu’il institue et par toutes les significations pro­fondes des sagesses qu’il contient. [Le Furqân est donc le nom du Qur'an en tant que Discrimination ou "Critère"] 
Signification du nom « Kitâb »
Ce mot « kitâb » est le maçdar ou nom d’action du verbe « kataba » (écrire). Il signifie donc initialement le  » fait d’écrire » bien qu’en réalité il soit appliqué à ce qui est écrit (maktûb) comme nous l’avons dit plus haut.
[Le Kitâb est donc le nom du Qur'an en tant que Livre]
Signification du nom « Dhikr »
Le nom Dhikr appliqué au Qur’an comporte deux sens : celui de « rappel » (dhikr) qu’Allah, exalté et loué, adresse à Ses serviteurs et par lequel Il leur fait connaître Sa Légis­lation.
Le second sens est celui de « mention » (honorable), ennoblissement, sujet de fierté, pour celui qui a foi en ce Livre et atteste la vérité de ce qu’il contient. Le mot dhikr a été utilisé en ce sens dans le verset suivant où Allah, dit à Son Prophète au sujet du Qur’an : « En vérité, il est un Dhikr pour toi et pour ton peu­ple… » (Qur’an. 43,44) c’est-à-dire un « ennoblissement » pour toi et pour ton peuple.
Noms donnés aux quatre parties du Qur’an
Le Prophète a défini et nommé quatre groupes de sourates.
Wâthila ibn Al-Asqâ rapporte que le a dit :
« A la place de la Thora, j’ai reçu les Sept sourates longues (at-tiwal) ; à la place des Psaumes, j’ai reçu le Ma’ûn; A la place de l’Évangile, j’ai reçu les Mathânî (les Suivantes) et j’ai été spécialement honoré par le Mufaççal (Le Fragmenté) ».
Abou Ja’far At-Tabarî a dit : D’après Sa’îd Ibn Jubayr « les Sept sourates longues sont : ALBaqara (la Génisse), Ali ‘Imrân, An_Nisâ’ (les Femmes), Al-Mâ-ida (la Table servie), Al-An’âm (les Troupeaux), Al-A’râf, et Yoûnous ».
Le Ma’ûn est constitué par l’ensemble des sourates qui ont environ une centaine de versets. Les Mathânî sont les sourates qui  » suivent » jusqu’au Mufaççal et le Mufaççal est la fin du Qur’an appelé ainsi car les sourates y étant courtes, il comporte beaucoup d’interruptions par la formule de la Basmala.
 
Explication des mots « sûra » et « ’âya »
• Le mot sûra [d'où sourate} est lu de deux façons:
— " sûr" qui signifie le haut mur ou la muraille entourant une ville ;
— "su'r" qui est la portion restante et privilégiée de toute chose dont une partie a été retirée2.
• Le mot 'âya (verset) a deux significations en arabe : " signe" et "récit".
— Un verset est appelé 'âya car il constitue un "signe" complet se distinguant de ce qui précède.
— Un verset est encore appelé 'âya car il constitue un récit ou un fragment de récit.
 
Commentaire de la formule de l'istiâdha (demande de protection contre iblis)
« Je cherhche refuge en Allah, contre Satan, Le Lapidé ».
A'ûdhu billlâhi min ach chaytâni r rajîm.
[Signification de la formule de l'isti'adha] Je cherche protection en Allah, Seul et non en quelqu’une de Ses créatures, quelle qu’elle soit, contre le tort que le Chaytân pourrait me causer dans ma religion, ou contre l’une de ses tentatives de m’écarter d’une vérité qui me rapproche de mon Seigneur. 
Commentaire du mot « Chaytân »
En arabe, le mot « chaytân » s’applique à tout rebelle:qu’il s’agisse d’un jinn, d’un homme ou d’un animal et même d’une chose.
Notre Seigneur, , a dit : « C’est ainsi que nous avons disposé, comme ennemis de tout prophète, les « chaytâns » (du monde) des hommes et (du monde) des « jinns »… » (Qur’an. 6,112).
Dans toute catégorie d’êtres ou de choses, ce qui est rebelle peut-être nommé chaytân car il abandonne les qualités ou les actes normaux de son espèce et s’éloigne de ce qu’elle comporte de bien. On rapporte le mot « chaytân » à la racine verbale chatana qui signifie être éloigné. 
Commentaire du mot «ar-rajîm », le Lapidé
Ce qui est « rajîm » est maudit et injurié car on « jette » sur celui que l’on insulte des propos vils ou des insultes. A l’origine, le « rajm » signifiait le fait de « jeter », en paroles ou en actes, quelque chose contre une autre.
Un exemple de « lapidation » en paroles est celle dont le père d’Ibrahim me­naça son fils lorsqu’il lui dit « si tu ne cesses pas, je te lapiderai »18 (Qur’an. 19,46).
Mais il se peut aussi que le « chaytân » soit appelé « rajîm ».Lapidé, parce qu’Allah, , l’a banni des Cieux en le faisant lapider par des « étoiles filantes » (Qur’an. 15,18). 
Origine de la formule de l’istiâdha
Ibn ‘Abbâs a dit : « Lorsque, pour la première fois, Gabriel descendit sur Muhammad , il lui dit : « O Muhammad dis : « Je cherche refuge auprès d’Allah l’Oyant, le Savant, contre Satan, le lapidé ».
Puis il lui dit : dis : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ». Ensuite, il lui dit : « Lis (ou récite) au nom de ton Seigneur qui a créé… » (Qur’an. 96,1) ».
Abou ja’far At-Tabari ajoute : c’était (le début de) la première sourate qu’Allah fit descendre par l’Ange Gabriel sur le Prophète .
Chapitre : Le verbe « qara’a » a plusieurs significations de base dont celle de réciter et de lire qui est celle qu’Ibn Abbâs retient dans ce contexte. Ce mot a également le sens de réunir. Mais dans le mot « qirâ’a », la notion de récitation est antérieure à celte de lecture. Le sens de « lecture » qui existait aussi initialement s’est affermi plus tardivement : l’évolution du sens du mot qirâ’a n’est pas sans rapport avec le fait qu’au cours des siècles la « lecture » du Coran prenait le pas sur sa « récitation ».
- Qur’an : « En vérité, il Nous appartient de le réunir et de faire son « qur’ân » » (« inna ‘alay_Nâ jam’a_Hu wa_qur’âna_hu », (75,17) « Lorsque Nous le récitons, suis son « qur’ân » ». ( » fa_idhâ qara’nâ_hu fa_ttabi’ qur’ânah »).
Le mot dhikr peut être traduit par mention, rappel, souvenir, invocation, édification, et selon le contexte c’est l’un de ces mots qu’il faudra choisir.
Hadîths con­cernant la récitation (ou la lecture du Qur’an) par exemple celui-ci rapporté par Abou Hurayra et cité par Muslim et Abu Dâwûd (rahmatullah ‘aleyhim).
Le Prophète a dit : « Des gens ne se réunissent pas dans une Maison d’Allah pour réciter et étudier
ensemble le Livre d’Allah, sans que la Grande Paix (as-Sakîna) ne descende sur eux, que la Miséricorde divine ne les enveloppe que les Anges ne les entourent de partout et qu’Allah ne les mentionne à ceux (les Anges du Plérôme) qui sont auprès de Lui ».
Le Prophète a dit également :
«… Récitez (ou lisez) le Qur’an car il sera un intercesseur au Jour de la Résurrection pour ceux qui en sont les « compagnons » » (Rapporté par Abu Umâma et cité par Muslim).
Abu Dharr (qu’Allah soit satisfait delui) qui lui demandait conseil, le Prophète répondit : « II te faut craindre Allah, car la crainte pieuse (taqwâ) est la base de ton état (spirituel) ».
- O Envoyé d’Allah, donne-moi une précision supplémentaire !
- Il te faut réciter le Qur’an, car il sera pour toi une lumière [c'est-à-dire un guide et un critère] en ce monde et une réserve précieuse au Ciel » (Rapporté par Abu Dharr et cité par Ibn Habbân).
*Le Ma’ûn (les Centenaires) comprend les sourates 1, 8, 9 et 11 à 38.
*Le « Mâthânî (les Suivantes) comprend les sourates suivantes jusqu’à la 67e
 
Al-Basmala, commentaire et explication
Al-Basmala
« Au Nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ».
bi smi Llahi r rahmâni r rahîm
Ce verset, nommé Basmala, est le premier verset du Qur’an. Il est habituellement intégré à la première sourate, mais, d’après la lecture adoptée par Tabarî, il est indépendant. 
Commentaire de  » bi-smi-Llâh » = « Par le Nom de Dieu » ou = « Au Nom de Dieu ».
Emploi de la formule Par le Nom d’Allah 
En vérité, Allah (Dieu), , a éduqué Son Prophète Muhammad en lui appre­nant à faire précéder tous ses actes par la mention de Ses plus Beaux Noms. Allah, , voulut que cette éducation et cet enseignement soient une norme (sunna) à laquelle toutes les créatures se conformeront pour commencer leurs paroles, leurs écrits et tous les autres actes. D’ailleurs dire  » bi smi Llâh » est suffisant pour signifier « Je commence tel ou tel acte par le Nom d’Allah » car la particule  » bi » (qui signifie  » par ») exige implicitement qu’un acte va suivre (acte commencé « par » la mention du Nom d’Allah). 
Signification de cette formule
Explication des mots « bi smi »
Lorsque quelqu’un se propose de réciter (ou de lire) une sourate du Qur’an, il dira  » Bi smi Llâhi r Rahmâni r Rahîm » en voulant dire par ces mots : « Je lis par le Nom d’Allah… » et, de même, s’il se lève ou s’assied ou quoi qu’il fasse, il commencera son acte en disant ces mots et cela signifiera chaque fois : « je fais tel acte par le Nom d’Allah ».
Mais pourquoi dire « Par le Nom d’Allah » dans ce sens alors que l’on sait que, par exemple, tout lecteur du Livre divin ne le lit qu’avec l’aide et le soutien provi­dentiel d’Allah, , et que toute personne qui agit, n’agit que par Lui.
S’il en est ainsi pourquoi ne pas dire simplement « par Allah » (bi Llâh) ce qui serait apparemment plus clair que « Par le Nom d’Allah » qui laisse supposer que l’acte se fait « par autre qu’Allah » ?
En réalité, la formule « Par le Nom d’Allah » signifie « Je commence par men­tionner Allah avant toute chose » en donnant au mot « ism », qui signifie normalement « nom », le sens de « tasmiya » qui signifie « le fait de mentionner ». Par exemple, commencer la récitation coranique en disant « Par le Nom d’Allah… » signifie : « Je commence ma lecture en mentionnant Allah ».
Au début de la Révélation, l’Ange Gabriel avait ordonné au(x) Prophète(s) de dire « Par le Nom d’Allah, Tout Miséricordieux, Très Miséricordieux » et pour Ibn ‘Abbâs (qu’Allah soit satisfait de lui cela signifiait : « Lis (ou récite), en invoquant Allah, ton Seigneur, lève-toi et assieds-toi en invoquant Allah ». 
Commentaire du Nom « Allah »
Pour commenter le Nom « Allah » on peut dire ceci : Allah c’est Dieu dans le sens où « Allah » est Celui qui est Divinité pour toute chose et que toute créature adore.
Ibn ‘Abbâs a dit : « Allah est Celui qui a, à l’égard de toutes les créatures, la  » fonc­tion d’être Divinité » (ulûhiyya) et la « fonction d’être Adoré » (ma’bûdiyya) ». [Origine de ce Nom] Nous n’avons pas entendu explicitement les Arabes dire que ce mot dérive d’une racine verbale, toutefois il existe des arguments spéculatifs pour rattacher le Nom Allah à ‘ilâh qui, lui, dérive normalement du verbe ‘aliha qui signifie adorer et dont le nom d’action est précisément « ilâha ».
C’est ce sens d’adoration qu’Ibn ‘Abbâs donne au mot ilâha dans le verset 7, 127 où on dit à Pharaon : « Vas-tu laisser Moïse et son peuple semer le désordre sur terre et t’abandonner toi et l’adoration dont tu es l’objet (ilâhata ka) »
Ibn ‘Abbâs explique : « Pharaon n’adorait pas mais était adoré ». Mais qu’est-ce qui permet de dire que le mot « Allah » dérive de « ilâh »? Comme dans d’autres cas d’élision (…) l’ensemble al + ilâh devient al llâh, après élision de l’attaque vocalique i (hamza i). Les deux lettres 1 (lâm) se rencontrent et deviennent dans la prononciation un seul lâm redoublé. 
« Ar Rahmân ar Rahîm » = « le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux »
Ces deux Noms dérivent du verbe « rahima » : faire miséricorde et signifient
Deux avis erronés.
- Il est faux de prétendre que les Arabes ne connaissaient pas le nom Ar_ Rahmân avant l’Islam.
- Il est inutile de distinguer ces deux noms en disant que ar Rahmân désigne «Celui qui est qualifié par la Miséricorde » (Dhû Rahma) et «ar Rahîm » désigne «Celui qui fait Miséricorde » car cette distinction n’a pas de sens.
Explication de l’ordre des Noms dans la «Basmala»
Lorsqu’ils désirent parler d’une chose, les Arabes ont pour habitude de men­tionner en premier lieu la chose dont il va être question puis ils mentionnent ses attributs (çifât) et ses qualités (nu’ût)
Or les Noms tels que Allah (Dieu), Rahmân (Tout Miséricordieux), Khâliq (Créateur), sont des Noms proprement divins qui ne peuvent être attribués à aucune créature et qui suffisent par eux-mêmes pour désigner Celui dont il est question.
Au contraire, les Noms tels que «Très Miséricordieux», « Oyant », « Voyant », « Généreux » peuvent également être attribués à des êtres créés car certains aspects des qualités désignées par chacun de ces Noms peuvent leur être attribués.
De droit, le Nom « Allah » précède tous les autres Noms car il implique la « fonction d’être adoré » (ulûhiyya) fonction qui revient à Allah (Dieu) seul.
Quant aux deux Noms Allah et Ar Rahmân, Allah, Se nomme spécialement par eux dans le verset : « Invoquez Allah ou invoquez Ar Rahmân, quel que soit celui (de ces Noms) que vous invoquiez c’est à Lui que reviennent les Plus Beaux Noms » (Qur’an. 17,110).
Quant au nom Rahîm, il peut être attribué à un homme car il est tout à fait possible qu’il participe à certain aspect de la Miséricorde mais non à son universalité [exprimée par le nom ar Rahmân] car l’universalité relève de la « fonction de divi­nité » qui appartient à Allah seul.
C’est pourquoi le Nom « Allah » est mentionné en premier suivi immédiatement du nom ar Rahmân et enfin du nom ar Rahîm.
Chapitre : La Basmala est le nom donné au premier verset du Coran ; elle figure également en tête de toutes les sourates à l’exception de la 9e.
- En tant que « muraille élevée » la sourate est un ensemble de versets formant un « tout » et en tant que « portion restante » et privilégiée chaque sourate est envisagée par rapport à tout le reste du Coran et en constitue une partie éminente.
- Rappelons que les versets d’une même sourate se terminent par la même rime ou la même séquence de syllabes en sorte que chaque verset se distingue parfaitement de celui qui précède et de celui qui suit.
- A propos de la formule de protection, elle ne fait pas partie du texte coranique mais elle doit être dite avant le début de la lecture (ou de la récitation) selon la Parole divine : « Lorsque tu lis (ou récits) le Qur’an, prends refuge en Allah contre Satan, le Lapidé » (Qur’an. 16,98).